Le risque de maladie coronarienne peut être réduit de 50 % par l’adoption d’un style de vie bon pour le cœur, même chez les sujets ayant une forte prédisposition génétique. Afin de mieux comprendre l’association entre le style de vie préindustriel et la faible prévalence de facteurs de risque de maladies coronariennes, les auteurs ont étudié la population Tsimane qui vit selon un mode de subsistance basée sur la chasse, la cueillette, la pêche et l’agriculture en Amazonie bolivienne. L’hypothèse testée a été que le mode de vie actif qui a précédé l’urbanisation sédentaire et la spécialisation économique de grande échelle serait associé à une faible prévalence de maladie coronarienne malgré un état inflammatoire élevé dû aux parasites et pathogènes. Les chercheurs ont réalisé une étude transversale sur une cohorte de Tsimanes de plus de 40 ans. La tomographie des artères coronaires a permis de chiffrer le niveau et la sévérité de dépôt calcique au niveau des parois des artères. Les scores calciques des artères coronaires (CAC) des Tsimanes ont été comparés à ceux de populations à revenu élevé en particulier ceux de l’étude multi-ethnique d’athérosclérose des Etats-Unis (MESA. De juillet 2014 à septembre 2015, 705 individus ont été inclus dans cette étude. La moyenne d’âge était de 57,6 ans. Les chercheurs ont constaté une faible prévalence des facteurs de risque des maladies coronariennes (tabac, pression sanguine, cholestérolémie, glycémie) quelle que soit la tranche d’âge. Ils ont également observé une très faible prévalence de l’athérosclérose coronarienne telle qu’estimée par le score calcique (CAC) : seuls 3 % des participants présentaient un risque modéré ou élevé de développer une maladie coronarienne (CAC ≥ 100), 13 % un risque faible (CAC de 1 à 100) et 85 % des participants n’avaient pratiquement pas de risque (CAC=0). La très faible prévalence s’étend aux sujets âgés avec 8 % des sujets de plus de 75 ans présentant un risque modéré ou élevé. Par rapport aux populations industrialisées, on a observé une incidence significativement 5 fois inférieure pour toutes les tranches d’âge de l’étude MESA. Outre le style de vie, le régime alimentaire des Tsimanes qui privilégie la consommation de glucides sous forme de riz, manioc, plantain et maïs (72 % de l’apport calorique) associée à une forte consommation de fibres et un faible apport en matières grasses (14 % de l’apport calorique) pourrait expliquer cette faible incidence. Ces chiffres font de la population Tsimane la population avec le moins d’athérosclérose coronarienne, comparé aux populations industrialisées, malgré un état inflammatoire infectieux important.

Coronary atherosclerosis in indigenous South American Tsimane: a cross-sectional cohort study. Kaplan H, Thompson RC, Trumble BC, Wann LS, Allam AH, Beheim B, Frohlich B, Sutherland ML, Sutherland JD, Stieglitz J, Rodriguez DE, Michalik DE, Rowan CJ, Lombardi GP, Bedi R, Garcia AR, Min JK, Narula J, Finch CE, Gurven M, Thomas GS. Lancet. 2017 Apr 29;389(10080):1730-1739

 

 

Auteur : Kaplan H

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Brèves Nutrition n°69 - Septembre 2017 - N69007