Des chercheurs ont examiné les associations entre deux grandes familles de macronutriments (glucides et lipides) et deux évènements – la mortalité (toutes causes confondues) et les maladies cardiovasculaires (MCV) – en tenant compte des différentes sous-catégories de macronutriments au sein de ces familles : sucres totaux, amidon et fibres pour les glucides ; acides gras saturés, mono et polyinsaturés pour les lipides. Les chercheurs souhaitaient ainsi questionner les conseils diététiques qui se basent sur des études postulant que l’effet d’un macronutriment sur la santé est proportionnel à la quantité consommée (relation linéaire) et est indépendant des autres macronutriments consommés ou de l’apport énergétique.

Plus de 195 000 participants suivis pendant 10 ans

Les données de 195 658 britanniques de la base de données « UK Biobank » suivis durant près de 10 ans ont été exploitées. Les participants ont été classés en tertiles d’apports selon la contribution des macronutriments à leur apport énergétique total (AET). Une modélisation a aussi permis d’évaluer l’effet de substitutions isocaloriques de macronutriments en intégrant leurs différentes sous-catégories.

Des risques pour des apports élevés en sucres, faibles en fibres, extrêmes en amidon

Conformément à l’hypothèse des chercheurs, les relations entre les apports en macronutriments et la mortalité ou les MCV étaient loin d’être toutes linéaires. Ainsi,  lorsque l’on considérait les glucides totaux, un risque accru de mortalité était observé seulement chez les très grands consommateurs (3e tertile, soit 50 à 70 % de l’AET[1]). Lorsque les glucides étaient séparés en sous-catégories, une association similaire était observée chez les très grands consommateurs de sucres (3e tertile, soit > 35 % de l’AET). Les grands consommateurs de sucres (2e et 3e tertiles, soit > 20 % de l’AET[2]) étaient aussi plus à risque cardiovasculaire. Les grands consommateurs de fibres (> 15 % de l’AET), quant à eux, présentaient des risques réduits de mortalité et de MCV. Enfin, pour l’amidon, c’étaient les apports intermédiaires (20 à 30 % de l’AET) qui étaient associés à des moindres risques.

Moins de risques avec les graisses monoinsaturées

Côté lipides, les grands consommateurs de graisses monoinsaturées (20-25 % de l’AET) et ceux qui consommaient peu de graisses polyinsaturées (5-7 % de l’AET, incluant les oméga 6 et oméga 3) présentaient les risques les plus faibles de mortalité et de MCV. A l’inverse, les grands consommateurs de graisses saturées s’avéraient les plus à risque de mortalité mais paradoxalement n’augmentaient pas leur risque cardiovasculaire.

Substituer, oui, mais sous certaines conditions

À partir de ces données les auteurs proposent des substitutions isocaloriques pour diminuer le risque de mortalité et de MCV :

  • Remplacer les sucres par de l’amidon, des graisses monoinsaturées ou des protéines,
  • Remplacer les graisses saturées par des graisses monoinsaturées ou des protéines.

Toutefois, ces substitutions ne s’avèrent efficaces que si les apports habituels en ces macronutriments substitutifs sont déjà faibles (car des apports extrêmes en protéines ou en amidon sont aussi associés à une élévation des risques). Les modélisations réalisées montrent que les risques de mortalité et de MCV diminuent jusqu’à des apports de l’ordre de 30 % de l’AET pour l’amidon, 25 % pour les graisses monoinsaturées et 15 à 20 % pour les protéines.

Si cette analyse n’a pas la portée d’un essai contrôlé randomisé, elle a le mérite, de rendre compte de la complexité des associations entre les apports en macronutriments et les maladies. Elle n’est pas sans rappeler les conclusions obtenues sur la cohorte PURE (voir brève à ce sujet) qui suggéraient que les associations entre les macronutriments et la mortalité et les MCV (et donc les recommandations en découlant) dépendaient des niveaux de consommation des populations.

 

À retenir :

  • Bien souvent, les risques de mortalité et de maladies cardiovasculaires ne varient pas de façon linéaire avec les niveaux d’apports en macronutriments.
  • Remplacer les aliments sources de sucres par des aliments riches en amidon, en protéines ou en acides gras monoinsaturés pourrait réduire les risques de mortalité et événements cardiovasculaires, dès lors que les apports habituels en ces aliments substitutifs sont faibles.

 

[1] Pour comparaison, la recommandation française préconise un apport en glucides compris entre 40 et 55 % de l’AET (Anses, 2017).

[2] La recommandation fr. recommande de limiter les apports en sucres (hors lactose) à 100 g / j (soit 20 % de l’AET pour 2000 kcal).

Source : Associations of fat and carbohydrate intake with cardiovascular disease and mortality: prospective cohort study of UK Biobank participants. Ho FK, Gray SR, Welsh P, Petermann-Rocha F, Foster H, Waddell H, Anderson J, Lyall D, Sattar N, Gill JMR, Mathers JC, Pell JP, Celis-Morales C. BMJ. 2020 Mar 18;368:m688.

 

Auteur : Ho FK

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Brève avril 2020