Les recherches relatives à l’étude du comportement alimentaire suggèrent que l’état de faim conduit à choisir des portions plus grandes alors que des considérations santé amènent à choisir des portions plus petites. Dans la mesure où le plaisir sensoriel diminue avec la quantité consommée, il devrait contribuer au choix de portions plus petites, c’est ce qu’on appelle la satiation sensorielle spécifique.

L’objectif de ce programme de recherche a été de tester l’association entre les attentes sensorielles liées au plaisir et la taille de portion choisie. Quatre séries d’expériences d’imagerie sensorielle ont été menées auprès d’enfants et d’adultes français et américains. Elles consistaient à imaginer la texture, le goût et l’odeur d’aliments plaisir (glace vanille, gaufre au chocolat, mousse au chocolat, tarte aux fraises..) à partir d’une image puis à choisir la taille de portion d’un autre aliment plaisir : gâteau au chocolat ou boisson sucrée. Des images de paysage ou de situation agréables étaient présentées au groupe contrôle.

Les résultats de 2 études, l’une menée à l’école auprès d’enfants français de 5 ans non rassasiés et l’autre auprès d’adultes américains, ont montré que les tailles des portions choisies pour la boisson sucrée et le gâteau au chocolat étaient significativement plus petites dans les groupes soumis à l’imagerie sensorielle. Le choix des adultes était basé plutôt sur le plaisir que sur l’effet satiétogène et ils étaient prêts à payer davantage pour ces petites portions.

La troisième expérience menée auprès de femmes françaises a montré que l’imagerie sensorielle (associée ou non à l’imagination des effets négatifs des aliments hédoniques sur leur santé et leur corps) a conduit les sujets à choisir des tailles de portions plus petites. Pour le groupe imagerie sensorielle sans imagination d’effets « santé » négatifs, les tailles de portions choisies et celles attendues comme les plus appréciées étaient identiques. Pour le groupe avec imagination d’effets « santé » négatifs, les personnes ont choisi des tailles de portions plus petites que celles qu’ils auraient appréciées le plus.

Enfin, la dernière étude menée en ligne s’est penchée sur l’influence des informations présentes sur l’étiquetage d’un gâteau au chocolat auprès de participants américains avec 3 conditions : 1) un étiquetage multisensoriel comportant une description des odeurs et saveurs du gâteau, 2) un étiquetage nutritionnel des calories et de la teneur en lipides par portion, et 3) un étiquetage contrôle avec la seule indication « gâteau au chocolat ». Les participants devaient choisir entre 6 tailles de portions et indiquer quel prix ils seraient prêts à la payer. Tout comme l’étiquetage multisensoriel, l’étiquetage nutritionnel a conduit au choix de portions plus petites que l’étiquetage contrôle. Cependant, les personnes du groupe étiquetage nutritionnel ont indiqué un prix plus bas pour ces mêmes tailles de portions que celle de l’étiquetage multisensoriel.

L’imagerie sensorielle incite donc à préférer de plus petites portions d’aliments hédoniques, tout en augmentant le plaisir anticipé et donc le consentement à payer pour ces petites portions. Pour les auteus, mettre l’accent sur le plaisir pourrait donc bénéficier autant aux consommateurs qu’aux industries alimentaires et à la santé publique.

 

Pleasure as a Substitute for Size: How Multisensory Imagery Can Make People Happier with Smaller Food Portions

Cornil, Yann and Pierre Chandon, 2014,06 Revised for resubmission

Auteur : CHANDON P

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 59 - Mars 2015 - N59003 Réf. 4580)