Le self control ou maîtrise de soi, caractéristique adaptative de l’espèce humaine, fort utile lors de la prise de décision, serait une ressource… limitée. Se contrôler mentalement de manière répétée aboutirait ainsi à un état qualifié d’épuisement de l’ego (ego depletion), comparable à une fatigue musculaire.

Une implication du métabolisme glucidique dans ce phénomène a été proposée, suite à des expérimentations ayant montré, d’une part une chute de la glycémie, concomitante de l’état d’épuisement de l’ego, d’autre part les bénéfices d’une ingestion de sucre pour restaurer le contrôle mental. Afin de tester l’hypothèse alternative d’une activation neurale des régions intervenant dans la motivation, les voies de la récompense et le contrôle moteur, les auteurs de cette série d’expérimentations ont soumis un échantillon de volontaires sains à cinq tests, de type « double tâche ». Dans les trois premières expériences, les sujets ont effectué une tâche initiale consommant le capital de self control puis secondairement une autre tâche nécessitant à nouveau une bonne maîtrise de soi, après s’être rincés la bouche, pour certains avec une solution sucrée (par du glucose), pour les autres avec une solution édulcorée à l’aspartame. Durant les 4e et 5e expériences, les sujets ont été soumis aléatoirement, soit à une tache épuisant les réserves de self control, soit à une tâche « standard », puis à un second test nécessitant un autocontrôle, les 2 phases étant à nouveau séparées par une séance de rinçage de la bouche avec une solution glucosée ou édulcorée à l’aspartame.

Les auteurs ont ainsi montré que la simple présence de glucose dans la bouche, permettait de limiter les effets de « l’épuisement de l’ego », indépendamment de l’ingestion de la solution (expériences 1 à 3), accréditant l’hypothèse d’une médiation neurale, via les récepteurs buccaux de la saveur sucrée. L’absence d’action de la solution d’édulcorants a confirmé le caractère spécifique du glucose pour cet effet. Enfin, les auteurs ont validé que ces résultats n’étaient obtenus que chez les sujets ayant préalablement consommé leurs ressources d’autocontrôle (tests 4 et 5).

Hagger M.S. et Chatzisarantis N.L. prônent des expérimentations plus poussées faisant appel aux techniques psychophysiques et de neuro-imagerie fonctionnelle, afin d’étudier les réponses neurales et biochimiques des sujets se rinçant la bouche à l’eau sucrée suite à une épreuve sollicitant leur self-control.

The sweet taste of success: the presence of glucose in the oral cavity moderates the depletion of self-control resources.

Hagger M.S., Chatzisarantis N.L. Pers Soc Psychol Bull. 2013 Jan;39(1):28-42.




Auteur : HAGGER MS

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Brèves Nutrition N° 51 - Mars 2013 - N51006 (Réf. 4766)