Les résultats de trois études de cohorte publiées ces dix dernières années aux Etats-Unis ont été analysées par un chercheur américain (Cleveland) afin d’évaluer plus précisément les liens possibles entre la durée de sommeil et la prévalence de l’obésité.
 
La proportion d’américains qui dorment 8 heures par nuit est passée de 35% à 26% entre 1998 et 2005 selon la National Sleep Foundation. Elle s’explique en partie par l’aménagement des horaires de travail en 3×8, le nombre de foyers où les deux parents travaillent et le développement des nouvelles technologies qui sollicitent les gens 24 h/24h. Cette réduction chronique du sommeil est une préoccupation croissante puisqu’elle augmente les sensations de fatigue, ralentit les fonctions neurocognitives et pourrait induire des effets métaboliques favorisant la prise de poids.
 
Dans la Nurse’s Health Study (NHS), où 68 183 infirmières américaines  (agées de 30 à 55 ans) ont auto-évalué la durée de leur sommeil entre 1986 et 2002, on a montré qu’une durée de sommeil réduite est clairement associée à la prise de poids. Les femmes qui dorment 5 heures ou moins ont un poids plus élevé que celles qui dorment 7-8 heures et cet écart de poids s’accroit avec les années. Dans cette étude, le manque de sommeil apparaît ainsi un bon prédicteur des risques de prise de poids.
 
Deux études réalisées auprès d’adultes ont également été revues (Osteoporotic Fracture in Men Study et Study of Osteoporotic Fractures). Dans ces deux cohortes de personnes agées de 65 ans et plus, 3055  hommes pour la première et 3052 femmes pour la seconde, la durée du sommeil a été mesurée précisément par actigraphie de poignet, sonde de mouvement détectant le temps d’endormissement réel. Ces travaux ont confirmé qu’un sommeil réduit pouvait être associé à un IMC (Indice de Masse de Corpulence) plus élevé. Statistiquement, la probabilité d’être obèse était 3,7 fois plus importante chez les hommes et 3,2 fois plus élevée chez les femmes qui dormaient 5 heures ou moins en comparaison avec ceux qui dormaient 7-8 heures. De même, le tour de taille mesuré était 6,7 cm supérieur chez les hommes dormant 5 heures ou moins et 5,4 cm plus important chez les femmes. A noter que ce lien observé entre durée du sommeil et obésité est indépendant d’autres facteurs confondants comme l’apnée du sommeil, la prise de médicament, l’âge, l’activité physique,…
 
L’auteur de cette revue avance plusieurs hypothèses quant l’effet du sommeil sur la prise de poids. La restriction chronique du sommeil pourrait ainsi :
 
         entraîner des apports alimentaires plus élevés ou déstructurés
         encourager la consommation alimentaire en l’absence d’appétit
         favoriser les consommations alimentaires plus importantes du fait d’une période de veille augmentée
         agir sur les régulateurs hormonaux de l’appétit (élévation de la ghreline et diminution de la leptine)
         augmenter les sensations de fatigue et entraîner une baisse d’activité physique
 
Les liens de causalité tout comme les mécanismes physiologiques en jeu restent encore à confirmer, d’où la nécessité d’études d’intervention. Mais, selon l’auteur, la durée du sommeil comme facteur de risque d’obésité est désormais à prendre en compte dans les approches de prévention.
 
Patel S.R. Reduced sleep as an obesity risk factor, 2009. Obesity reviews ; 10 (Suppl.2), 61-68.