La théorie prévalente selon laquelle la prise alimentaire est déterminée par des mécanismes d’homéostasie neurale et des signaux endocrines, tend actuellement à être complétée par l’hypothèse de régulations supérieures, en particulier hippocampiques. Cette zone cérébrale est impliquée dans l’apprentissage et la mémorisation et, à cet égard, des expérimentations ont montré que des sujets sains, se remémorant un récent repas, pouvaient réduire leur prise alimentaire suivante.

Pour étudier l’impact de la mémoire épisodique sur la prise alimentaire, les investigateurs de cette série ont présenté, visuellement et de manière aléatoire, des bols de soupe de 300 ou 500 ml à deux groupes de cinquante sujets. Dans chacun des deux groupes, la moitié des volontaires a réellement consommé 300 ml de soupe et l’autre moitié 500 ml, grâce à une manipulation via une pompe, contrôlée par ordinateur, remplissant ou vidant le bol. Les auteurs ont évalué, pour chacun des 4 sous-groupes, le niveau de faim et de satiété immédiatement, puis à 60, 120 et 180 minutes après la prise du repas. 24 heures plus tard, les sujets devaient estimer subjectivement le niveau de rassasiement anticipé à la présentation d’un bol de soupe d’un volume de 400 ml.

À l’issue de ces expérimentations, il s’est avéré que le rassasiement immédiat après le repas était plus influencé par la quantité réellement consommée que par la quantité visuellement perçue. Cependant, 2 ou 3 heures après le repas, la tendance était inversée : la faim était plus influencée par la quantité perçue que la quantité de soupe réellement consommée (la vue d’un bol de 500 ml étant plus « rassasiante » que celle du bol de 300 ml). Le lendemain, les sujets ayant visualisé, la veille, les bols de 500 ml attendaient un rassasiement significativement supérieur du bol présenté de 400 ml, comparativement à ceux ayant vu un bol de 300 ml.

Dans leur commentaire, les auteurs émettent l’hypothèse que la mémoire visuelle du récent repas contribuerait à l’interprétation des effets post-ingestifs. Elle favoriserait ainsi une contextualisation des signaux internes générés par les hormones digestives de la satiété.

 

Episodic memory and appetite regulation in humans.

Brunstrom J.M., Burn J.F., Sell N.R., Collingwood J.M., Rogers P.J., Wilkinson L.L., Hinton E.C., Maynard O.M., Ferriday D.

PLoS One. 2012;7(12):e50707.



Auteur : Brunstrom JM

Documents supports :
Brèves Nutrition 51 - Mars 2016 - N51005 (Réf. 4765)