La betterave à sucre célèbre ses deux cents ans alors que la Commission européenne a décidé cette année de requalifier un million de tonnes de hors quota par peur de pénurie.

La betterave à sucre célèbre ses deux cents ans alors que la Commission européenne a décidé cette année de requalifier un million de tonnes de hors quota par peur de pénurie.

C’est en 1806 que la culture de la betterave est lancée en France par Napoléon. Des semis 2011 très précoces. Un mois plus tôt que la moyenne. Requalification d’un million de tonnes hors quota en quota pour éviter la pénurie.

Histoire de la betterave
Pour l’Histoire avec un grand H. On doit la culture de la betterave en France aux Anglais. C’est Napoléon qui permet le lancement de la plante en 1806 lors du blocus continental, mis en place par l’empereur afin d’étouffer l’économie britannique en l’empêchant d’écouler ses marchandises. Les cultures démarrent en 1811. Une initiative qui voit ainsi le développement de la fabrication du sucre. Pourtant avec la chute du Ier empire et la levée du blocus le sucre de betterave voit son ascension stoppée par l’afflux de sucres dits « coloniaux ».

Le sucre de betterave frôlera l’interdiction en 1843
Plus tard, on connaîtra de nouvelles batailles entre les deux rivales, où s’illustra notamment Lamartine, avec ses grandes diatribes contre la betterave aux côtés de ceux qui défendaient la canne des colonies françaises. Le sucre de betterave frôlera même l’interdiction en 1843 avant que l’abolition de l’esclavage, en 1848, ne provoque cette fois l’effondrement de la production de sucre de canne et ne remette d’actualité la production de sucre de betterave. Après bien d’autres épisodes, on ne peut évidemment oublier la Première Guerre mondiale. Celle-ci a quasiment anéanti la production française de sucre de betterave, avec la destruction de la quasi-totalité des usines, tandis que la canne récupérait la mise et rebondissait. L’entrée du Royaume-Uni dans l’Union européenne en 1973 est également l’occasion d’ouvrir le marché communautaire au sucre de canne des anciens condominiums britanniques avec un contingent d’importation de 1,3 million de tonnes. Puis les deux guerres du XXe siècle mettent à mal la production betteravière et sucrière (destitutions d’usines, rationnements, etc.), mais la betterave continue de se relever et poursuit sa progression. L’après-guerre connaît quant à elle la révolution de la mécanisation et la production française de sucre double entre 1930 et 1960.

En 1970, l’apparition de la betterave monogerme est une véritable révolution qui améliore la production et les conditions de travail. La France produit alors 3 millions de tonnes de sucre à partir de 20 millions de tonnes de betterave. Elle devient premier pays producteur et exportateur de sucre de betterave.
La variété sucrière aujourd’hui cultivée en Europe est issue de la « Blanche de Silésie » qui fut sélectionnée à la fin du XVIIIe siècle pour sa teneur en sucre (7 %). Les plants cultivés aujourd’hui contiennent en moyenne 18,5 % de sucre. Sur les 30 dernières années les performances en gain de rendement de sucre à l’hectare ont été particulièrement spectaculaires : +60 % avec en parallèle une diminution de 50 % des apports de doses azotées à l’hectare et de 70 % de produits de protection des plantes.

Les semis 2011 déjà plantés
Les semis de cette année ont été définitivement très rapides et précoces. En l’espace d’un mois, les surfaces betteravières se sont vues en effet ensemencées dans des conditions idéales : au 5 avril la quasi-totalité des surfaces betteravières françaises est ensemencée soit un mois plus tôt que la moyenne sur les 5 dernières années. La pluviométrie mesurée sur cette période était largement inférieure à la normale de ces 30 dernières années (seulement 40 % des pluies habituelles sont tombées au mois de mars), et les températures moyennes très légèrement supérieures à la normale ; ce qui a favorisé une bonne structure des sols. La date moyenne de réalisation de 100 % des semis sur les 5 dernières années se situe quant à elle bien plus tard, au 3 mai.

Notons que cela fait la troisième année consécutive que les semis de betterave commencent plus tôt et se terminent rapidement. De plus, les levées rapides et homogènes permises par les précipitations de fin mars sont bon signe. Tous ces éléments peuvent laisser espérer un meilleur développement des betteraves lors de l’arrachage, et donc un rendement de betteraves plus important. C’est ce que confirme l’Institut technique de la betterave (ITB) d’après qui cette avance des semis, associée à de très bonnes levées en général, permettrait d’envisager un gain de rendement potentiel de 5 à 6 % par rapport aux trois dernières années, uniquement lié aux conditions d’implantation.
Enfin, les conditions météorologiques rencontrées actuellement sont plutôt favorables d’après l’ITB : bien implantée, la betterave n’a que peu souffert du manque d’eau et a profité des températures élevées. À fin avril, son avance de végétation est estimée à 10 jours par rapport à 2010.

Un million de tonnes de hors quota en quota
Suite aux demandes formulées par les betteraviers français et européens de requalification de sucre hors quota en sucre du quota en raison des risques de pénurie conjoncturels observés sur le marché européen, la Commission européenne a décidé le 24 février dernier d’autoriser la reclassification de 500 000 tonnes de sucre hors quota 2010/11. Du 14 au 19 mars a donc eu lieu la première adjudication pour la requalification du sucre hors quota sur le marché alimentaire. Le comité de gestion de la Commission du 24 mars a indiqué que la demande agrégée de l’ensemble des opérateurs européens faite lors de la première semaine d’adjudication avait déjà dépassé le plafond des 500 000 tonnes. Le volume total des demandes aurait ainsi atteint 745 000 tonnes, engendrant de fait un coefficient d’abattement de 67 % applicable à chacune des demandes faites par les opérateurs. Concernant la France, le volume des demandes serait de 236 000 tonnes, ce qui donnerait donc 160 000 tonnes après abattement. Les 1 100 000 tonnes de betteraves équivalentes doivent donc être payées au prix de la betterave du quota, soit 26,29 €/t (pas de taxe à la production à déduire).

Éthanol et encore
Après une forte augmentation des immatriculations FlexFuel en 2010 (+60 %), plus de 15 000 véhicules FlexFuel circulent aujourd’hui en France et 321 stations-service sont équipées d’une pompe Superéthanol E85 pour les approvisionner. Côté SP95-E10, c’est désormais plus de 70 % du parc de voitures essence qui est compatible avec ce carburant et plus de 2 500 stations qui en délivrent. En janvier 2011, le SP95-E10 représentait 14 % des essences commercialisées. Ce carburant s’installe donc progressivement dans le paysage énergétique français mais nécessite de s’installer de manière plus généralisée. Il sera le carburant européen standard de référence en 2013.
Atteindre les 10 % (en énergie) de bioéthanol dans les essences en 2020 passera donc inévitablement par une forte progression de la part de marché de l’E10 (moins de 15 % à fin 2010) et une relance vigoureuse de la filière Superéthanol E85-flexfuel afin que le parc atteigne 200 000 véhicules en 2015 (rappelons-le : contre environ 15 000 fin 2010). La mise en place du comité de suivi des biocarburants, réunissant les constructeurs, distributeurs et différents acteurs de la filière bioéthanol, dans le cadre d’un nouveau comité « plan d’action national énergie renouvelable » prévu mi-juin prochain.
S.C.-P.

Repères
Avec 78 000 hectares, la Champagne-Ardenne se situe au deuxième rang des régions françaises derrière la Picardie, soit 124 000 ha, avec une forte concentration dans l’Aisne. D’après le recensement agricole de 2 000, plus de la moitié des exploitants picards cultivent la betterave.
Avec 26 000 planteurs dans 29 départements, avec un chiffre d’affaires de 800 millions d’euros environ la France est le premier producteur européen de sucre.
La France est également le premier producteur mondial de sucre de betterave et le premier producteur mondial de bioéthanol de betterave.
L’Union européenne est première productrice de sucre de betterave dans le monde.
L’actuel président de la puissante Confédération général des planteurs de betteraves est Éric Lainé, agriculteur dans la Marne.