« Faire la fine bouche », ou « être difficile » (picky eating en anglais) est une répugnance à certains aliments communément acceptés et le refus de manger ces aliments, même après dégustation. Ce phénomène, objet de nombreuses études chez l’enfant, a été peu investigué chez l’adulte. Les auteurs ont exploré les corrélats psychosociaux, les différences de sensibilité gustative ainsi que les caractéristiques comportementales d’adultes vivant aux Etats-Unis faisant ou ne faisant pas la fine bouche. A cette fin, ils ont réalisé deux études :

· Dans l’étude 1, il a été demandé tout d’abord aux participants de s’identifier comme étant difficiles ou non sur la nourriture en répondant à deux affirmations : « je suis exceptionnellement difficile sur la nourriture » et « les autres me considèrent comme difficiles sur la nourriture ». Puis, les participants ont répondu à un questionnaire relatif à leurs choix et habitudes alimentaires.

· Dans l’étude 2, un sous-échantillon de participants, difficiles ou non, a évalué l’intensité de substances amères et sucrées et a répondu à un questionnaire de mesure de troubles obsessionnels compulsifs (TOC), de dépression, de symptômes de désordres alimentaires, de susceptibilité au dégoût, et de néophobie alimentaire et générale.

Sur 489 participants, 35,5% se sont considérés comme faisant la fine bouche. Ces derniers se sont davantage caractérisés par des comportements et des attitudes alimentaires anormales incluant le rejet d’aliments basé sur leurs caractéristiques sensorielles telles que le goût, la texture, et la couleur. Les participants difficiles étaient moins susceptibles d’éprouver du plaisir à la dégustation. Ils se sont moins considérés comme mangeant sainement par rapport aux sujets ne faisant pas la fine bouche. Ils ont eu significativement plus de symptômes de TOC, une susceptibilité au dégoût plus élevée et une néophobie alimentaire plus importante que les sujets ne faisant pas la fine bouche. De plus, ils ont évalué les substances amères et sucrées comme plus intenses par rapport aux sujets ne faisant pas la fine bouche, cette forte sensibilité pouvant expliquer en partie le mécanisme de rejet.

Les auteurs espèrent que ces résultats préliminaires stimuleront la recherche pour mieux comprendre les mécanismes de sélectivité alimentaire.

Adult picky eating. Phenomenology, taste sensitivity, and psychological correlates

Kauer J, Pelchat ML, Rozin P, Zickgraf HF

Appetite. 2015 Mar;90:219-228

 


Auteur : KAUER J

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Brèves Nutrition N° 61 - Septembre 2015 - N61002