L’épidémiologie nutritionnelle est un champ d’études prolifique avec de très nombreux articles s’intéressant à d’éventuels liens entre des facteurs nutritionnels (aliments, nutriments…) et certaines maladies comme le cancer notamment. Dans un tel contexte, source de débats tant dans le milieu scientifique que dans les médias, on peut légitimement s’interroger sur le risque d’exploitation de faux positifs, engendré par cette pléthore d’études, en lien potentiel avec des modalités de recherche critiquables.

Pour ce travail de bibliographie, les auteurs ont d’abord répertorié cinquante ingrédients de base, entrant dans la composition des recettes d’un livre de cuisine américain de référence. Ils ont ensuite cherché, via PubMed, les publications récentes portant sur l’impact, protecteur ou délétère, de ces ingrédients sur la survenue de cancers.

Les données de l’étude ont identifié que 80% des ingrédients de départ avaient fait l’objet d’un essai sur l’éventualité d’une corrélation au risque de cancer. Au sein des 264 études simples, 72% témoignaient d’une influence (protectrice, n=88 ou néfaste, n=103) sur ce risque. Cependant, dans 75% des cas, les différences étaient peu voire pas significatives. Les résultats significatifs avaient d’ailleurs plus de chance de figurer dans l’abstract que les non significatifs, cantonnés généralement dans le corps de l’article. Les résultats des métanalyses se sont avérés encore moins tranchés avec un risque relatif globalement nul (médiane 0.96 ; IQR [0.85-1.10]).

Dans leur discussion, Schoenfeld JD et Ioannidis JP évoquent la pression implicite, susceptible de s’exercer sur les auteurs de publications, pouvant conduire à des biais d’interprétation et incitant à passer au second plan certains résultats « non conformes ». Pour finir, ils évoquent quelques pistes d’amélioration du rendu des études, comme l’enregistrement préalable des protocoles ou bien des travaux de méta-analyses sur un ensemble d’aliments/nutriments, étudiés de la même façon ou encore des publications présentant une vision élargie et documentée des résultats, plutôt que limitée à l’énoncé d’une corrélation identifiée à un instant T.

Is everything we eat associated with cancer? A systematic cookbook review.

Schoenfeld J.D., Ioannidis J.P. Am J Clin Nutr. 2013 Jan;97(1):127-134.

 


Auteur : SCHOENFELD JD

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 51 - Mars 2013 - N5114 (Réf. 4774)