Commentaire du Professeur M. Krempf Faut-il encore consommer des aliments à index glycémique élevé ? Après une première vague d’articles venus d’Outre Atlantique et soulignant l’éventuelle responsabilité des aliments à index glycémique élevé dans la survenue des maladies cardiovasculaires, voici la version européenne issue d’Outre-Manche. La méthodologie de ces différents rapports est essentiellement la même. Des cohortes importantes d’hommes et de femmes sont étudiées sur plusieurs années. Leur consommation alimentaire est relevée à partir de questionnaires ainsi que leurs facteurs de risque et leur mortalité cardiovasculaire. L’index glycémique des repas est calculé à partir de celui des aliments glucidiques qui le composent puis il est corrélé aux évènements cardiovasculaires et/ou à des paramètres biologiques pertinents. Le groupe de WC. Willett à Boston a pu montrer dans des études effectuées sur un grand nombre d’infirmières ou de médecins américains qu’il existait un lien entre le risque des maladies cardiovasculaires et la consommation d’aliments à index glycémique élevé. Cette relation a été retrouvée dans une autre étude épidémiologique réalisée chez des femmes dans l’Iowa chez lesquelles la consommation de pain blanc et de céréales raffinées augmentait le risque relatif de maladie coronaire à 1,4 alors qu’il était abaissé à 0,6 avec la consommation de pain complet. L’étude anglaise récemment rapportée dans le Lancet par Frost et al va dans le même sens mais en étudiant plus spécifiquement les facteurs de risque lipidiques dont le HDL-cholestérol, facteur protecteur contre les maladies cardiovasculaires. Dans ce travail, 2200 britanniques âgés en moyenne de 40 ans, avec une index de masse corporelle à 25 kg/m2, ont pu être étudiés. Une corrélation inverse est observée en analyse uni ou multivariée entre l’index glycémique du repas et le HDL-cholestérol. En d’autres termes, plus les glucides à index glycémique bas ont été consommés, plus le HDL-cholestérol était élevé. Cette relation est surtout nette chez les femmes et un peu moins nette chez les hommes. Les auteurs essayent de la rapporter, sans convaincre, à une variation de l’insulinosensibilité mais cette perturbation biologique pourrait rendre compte de l’excès de morbidité cardiovasculaire observé dans les études américaines avec la consommation d’aliments à index glycémique élevé. Faut-il pour cela proscrire la consommation d’aliments à index glycémique élevé comme le pain blanc ou le sucre au profit des haricots blancs, lentilles ou pâtes cuites « al dente » ? Rien n’est moins sûr comme le souligne d’ailleurs l’éditorial accompagnant l’article et qui tempère la portée de ces résultats. En effet, des calculs de corrélation uni ou multivariée ne sont que des analyses de liaison et malgré toutes les précautions qui peuvent être prises, de nombreux facteurs de confusion peuvent fausser ces résultats. Pour reprendre par exemple ceux de l’étude de l’Iowa, les femmes qui consommaient le plus les aliments à index glycémique faible (céréales complètes, pain au son… ) avaient un profil très particulier puisqu’elles étaient en général plus sportives, ne fumaient pas et avaient le niveau d’éducation le plus élevé. Elles étaient donc probablement plus sensibilisées à la prévention du risque cardiovasculaire. Ce type d’observation doit tempérer les recommandations qui pourraient être formulées à partir de ces études épidémiologiques mais il y a une piste intéressante qui rejoint un débat plus général sur la quantité et la qualité des glucides à apporter dans l’alimentation. Faudra-t-il, comme pour les acides gras dans la prévention des maladies cardiovasculaires, considérer des « bons glucides » ayant un index glycémique bas et des « mauvais glucides » ayant un index glycémique élevé ? Dans l’état actuel de nos informations, la prudence doit rester de mise car seules des études prospectives et contrôlées permettront d’apporter une réponse définitive à cette question1. Professeur M. KREMPF Clinique d’endocrinologie, maladies métaboliques, nutrition Hôtel-Dieu, Nantes 1 NB : Au congrès européen sur l’obésité à Milan (3-6 juin 99), un abstract rapportait les résultats sur les paramètres lipidiques de l’étude CARMEN. Dans cette étude, des sujets obèses avec et sans syndrome plurimétabolique ont été soumis à un régime de maintenance pondérale, pauvre en graisses et riche en glucides simples ou complexes. Par rapport à une diète contrôle ou au régime riche en glucides complexes, il n’a pas été observé de réduction significative du HDL-cholestérol ou d’augmentation des triglycérides avec le régime riche en glucides simples.

 

Glycemic index as a determinant of serum HDL-cholesterol concentration Lancet, 1999, 353 : 1045-1048

 

Références : Whole grain intake may reduce the risk of ischemic heart disease death in menopausal women : the Iowa women’s health D. Jacobs, K. Meyer, I. Kushi, A. Folsom, Am. J. Clin. Nutr., 1998, 68 : 248-257 A prospective study of glycaemic load and risk of myocardial infarction in women S. Liu, MJ. Stampfer, JE. Manson, FB. Hu, M. Franz, WC. Willett, FASEB J., 1998, 12 : A260 (abstract) Low-fat high-carbohydrate diets : no evidence of accentuated dyslipidaemia in overweight subjects with the metabolic control during periods of weight loss SD. Poppit, GF. Keogh, DEM. Williams, H. Sonnemans, E. Valk, AM. Prentice, Int. J. Obesity, 1999, 23 : A 121 (abstract)