Le biais attentionnel (BA) se définit par la tendance pour des types spécifiques de stimuli (par exemple mots ou images liés aux drogues ou aux aliments) à retenir l’attention. Sur la base de la littérature analysée, les auteurs de cette revue ont présenté une discussion critique de la relation entre le BA et l’appétit (avec un focus sur l’obésité) ou l’addiction aux drogues.

Quatre hypothèses issues des modèles théoriques du BA ont été abordées :

• Le BA est-il plus développé chez les sujets « addicts » aux drogues ou les obèses, que chez les sujets non « addicts » ou de poids normal ?

• Le BA est-il un bon marqueur prédictif du comportement, en particulier d’utilisation de drogue et de consommation alimentaire, ou de la conséquence de ce comportement tel que les changements de poids corporel ?

• Le BA est-il responsable du comportement et du « craving » subjectif ?

• Le BA est-il révélateur des processus motivationnels sous-jacents d’appétit ?

Les études ont montré des résultats qui ne soutiennent pas ces hypothèses : le BA n’est pas constamment associé à des différences individuelles de poids ou de consommation de drogue. Il ne prédit pas constamment ou n’influence pas le comportement de consommation distale et il peut être influencé par à la fois des processus motivationnels d’appétit ou d’aversion. Les études de manipulations de signaux liés aux aliments ont en revanche montré que le BA a une incidence sur le comportement de consommation et le désir, de même qu’il est révélateur d’un processus motivationnel de l’appétit car des corrélations significativement positives ont été reportées entre le biais attentionnel lié à la nourriture et le désir spécifique d’aliments.

La discussion critique des résultats concernant le biais attentionnel dans l’obésité suggère cependant que la stabilité du BA et son influence sur le comportement ont été surestimées, et que le conflit motivationnel et la valeur incitative du moment ont été sous-estimés.

En effet, les personnes obèses ont souvent l’expérience d’un conflit motivationnel (ou ambivalence) entre le plaisir des aliments et le désir de maintenir un poids sain. Ainsi, un stimulus associé à une substance peut être évalué comme attractif ou aversif et les résultats sur le BA peuvent être différents selon la présence ou non d’un conflit motivationnel chez les sujets. Il est aussi probable que l’évaluation des signaux varie en fonction des orientations motivationnelles du moment à consommer ou non la substance. Cette discussion montre que les processus motivationnels qui contribuent au biais attentionnel dans l’obésité sont bien plus compliqués que les affirmations issues de modèles théoriques et qu’il est nécessaire de poursuivre les recherches pour proposer de nouvelles prédictions.

Les auteurs ont proposé un modèle théorique selon lequel le BA lié à des stimuli alimentaires ou de drogue résulterait de changements momentanés d’évaluation de ces stimuli qui peuvent être soit positifs quand la valeur incitative est élevée, soit négatifs quand les sujets ont pour objectifs de changer leurs comportements, ou les deux quand les sujets perçoivent des motivations conflictuelles.

The role of attentional bias in obesity and addiction. Field M, Werthmann J, Franken I, Hofmann
W, Hogarth L, Roefs A. Health Psychol. 2016 Aug;35(8):767-80. N68004

Auteur : Field M

Documents supports :
Brève Nutrition n°68 - Juin 2017 - N68004