Depuis la mise en place de la nouvelle réglementation européenne en nutrition, seules les allégations scientifiquement prouvées pourront figurer sur les produits alimentaires ; ceci pour éviter que le consommateur pense qu’un produit doté d’une allégation, est meilleur pour la santé qu’un produit sans allégation. Cette réglementation a conduit au développement du concept de profil nutritionnel auquel un produit devra être conforme pour porter une allégation nutritionnelle. Ce profil nutritionnel devra être fondé sur les connaissances scientifiques concernant les relations entre l’alimentation, la nutrition et la santé, et devra être mis à jour pour tenir compte des évolutions des connaissances scientifiques. Ce concept a des implications importantes pour le développement des produits sucrés. De ce fait, une réunion de travail d’experts a été organisée en septembre 2007 sur « le rôle et le devenir des sucres en santé humaine », pour revoir, avec un œil critique, les données probantes disponibles appuyant les recommandations actuelles sur les apports sucrés et identifier les aspects de recherche prioritaires qui pourraient conduire à la formulation de recommandations plus précises et pertinentes. En se concentrant sur les forces et les faiblesses des preuves et en suggérant de nouveaux champs de recherche, les experts ont discuté de quatre grands thèmes: sucres et 1) obésité, 2) diabète / insulinorésistance, 3) dilution des micronutriments, 4) santé dentaire. Leurs conclusions sont rapportées ci-après.
Consommation de sucres et poids corporel
Le rôle de la consommation d’aliments sucrés dans l’épidémie d’obésité reste très débattu et largement controversé. Les discussions ont porté essentiellement sur l’influence des sucres sur le contrôle du poids par rapport aux glucides non sucrés, le rôle des boissons sucrées, le rôle de l’index glycémique et de la charge glycémique (IG et CG).
Sur le contrôle du poids, les études épidémiologiques montrent une association inverse assez conséquente entre la teneur en glucides et en sucres de l’alimentation, et le poids. Ces résultats sont confirmés dans quelques essais randomisés où le remplacement des lipides par des glucides (sous forme de glucides complexes ou de sucres) dans l’alimentation se traduit par une perte de poids. En revanche, il n’existe pas suffisamment de données probantes pour dire que le remplacement des sucres par des glucides non sucrés dans un régime hypolipidique consommé ad libitum ou dans un régime hypocalorique, induit une perte de poids plus importante.
Concernant les boissons sucrées (BS), les études épidémiologiques, transversales et de cohorte montrent le plus souvent une association entre consommation de BS et poids, suggérant une relation possible entre leur consommation et le risque de surpoids. Un nombre limité d’essais randomisés qui ont directement comparé des BS avec des boissons sucrées aux édulcorants intenses montre une tendance à la prise de poids avec la consommation de BS, mais sans différence significative avec le groupe contrôle. Des études supplémentaires sont donc nécessaires pour confirmer les résultats des études épidémiologiques.
Quant à l’IG, il n’existe actuellement aucune preuve qu’un régime de faible IG consommé ad libitum entraîne une perte de poids plus importante qu’un régime à IG élevé, pour un même apport glucidique total. En revanche, selon des études le plus souvent randomisées, un régime à CG faible, modérément hypocalorique est associé à une faible perte de poids versus un régime à CG élevée. Il reste à élucider si il s’agit d’un effet spécifique de la charge glycémique ou de la quantité totale de glucides.
Rôle des sucres dans le diabète et l’insulinorésistance
Les recommandations de prévention du diabète et de l’obésité conseillent de limiter l’apport en sucres à 10% de l’apport calorique total mais les preuves justifiant cette limitation sont-elles suffisantes ? Selon les auteurs qui analysé l’ensemble des études interventionnelles, transversales ou prospectives sur le sujet en fonction de leur niveau de preuve, aucune ne démontre actuellement de relation entre les apports en glucides simples et le contrôle glycémique ou le risque de diabète de type 2 ; et aucune preuve particulière n’existe quant à l’effet du saccharose sur le diabète. Concernant le fructose, des conclusions divergentes sont encore observées parmi les études quant à son effet délétère à long terme dans le développement du diabète. Cependant, compte-tenu de son utilisation croissante dans l’industrie alimentaire et les boissons sucrées, son effet sur la lipogenèse et la triglygéridémie ne doit pas être négligé. Des études supplémentaires sont nécessaires pour déterminer l’impact d’une restriction stricte de l’apport de sucres sur le métabolisme du glucose et de l’insuline, ainsi que celui des régimes de contrôle pondéral en vue de définir des recommandations visant à limiter le risque de diabète en tenant compte de l’impact des autres facteurs liés à l’alimentation ou au mode de vie (activité physique, excès caloriques, prise de poids…).
Sucres et dilution des micronutriments
Selon de nombreux nutritionnistes, la consommation élevée de sucres ajoutés, par un transfert vers des aliments plus denses, pourrait diluer la densité en micronutriments d’une alimentation. Après une étude approfondie des données probantes sur le sujet, les experts ont conclu que les associations entre les apports en sucres ajoutés et les apports en micronutriments étaient contradictoires et souvent non-linéaires, que ce soit dans un même groupe d’âge, entre les groupes d’âge ou entre les sexes. Elles dépendaient fortement de la définition choisie pour les sucres et de la méthode analytique utilisée pour l’ajustement des différences d’apports énergétiques rapportés, différences liées à une sur- ou sous-évaluation des apports et à des variations des critères utilisés pour définir des apports en micronutriments jugés inappropriés, selon le temps, les pays et les études. Pour les experts, la mise en place de recommandations sur la quantité de sucres ajoutés à consommer en raison d’une éventuelle dilution des micronutriments n’est pas justifiée. Le terme « calories vides » souvent employé est une simplification qui ne reflète pas la complexité du phénomène. Les experts proposent en revanche d’encourager la consommation d’aliments de densité nutritionnelle élevée au sein d’une alimentation variée, équilibrée et modérée. Pour mieux comprendre les principaux tenants des apports en micronutriments et de la qualité de l’alimentation, ils suggèrent de rechercher un consensus sur la catégorisation moins arbitraire des sucres totaux et des sucres ajoutés, et de mener des études interventionnelles pour déterminer, entre autres, l’impact de modifications en sucres ajoutés ou autres macronutriments sur les apports en micronutriments.
Sucres et caries dentaires
Une revue de la littérature sur les relations entre caries dentaires et quantité et profil d’utilisation des sucres, et son évaluation des niveaux de preuves selon des critères stricts, a permis aux auteurs de montrer que sur la totalité des articles publiés jusqu’en 2007, seuls 31 remplissaient l’ensemble des critères d’inclusion nécessaires. Leur analyse a montré qu’il n’existait aucune corrélation fiable entre la quantité de sucre consommée et les caries dentaires. Néanmoins une association significative a été trouvée entre la fréquence de consommation de sucre et les caries dans 19 des 31 articles analysés. Les auteurs estiment que l’absence de corrélation entre consommation de sucres et caries serait due au fait qu’en fin de compte, le sucre est assez rarement consommé pour lui-même, mais plutôt en tant que partie intégrante de pâtisseries et biscuits… C’est pourquoi, comme l’ont montré un certain nombre d’études, la consommation de pâtisseries et gâteaux contenant la combinaison farine-sucre serait bien plus significativement associée aux caries dentaires que la consommation de sucre lui-même. Bien qu’il n’existe plus de nos jours de relation linéaire entre consommation de sucres et caries, une consommation modérée reste encore recommandée comme mesure de prévention des caries ; le fluor, l’hygiène buccale et l’éducation jouant néanmoins un rôle plus important.
En conclusion, après une analyse approfondie selon une approche qualitative des preuves scientifiques évaluées d’après les recommandations de l’OMS, les experts du groupe de travail recommandent de développer les études cliniques randomisées de taille et de durée suffisantes pour apporter un éclairage différent sur les conclusions des études épidémiologiques. Pour l’évaluation du rapport bénéfice/risque des aliments sur la santé, des études sur le rôle intégral des sucres sur la santé devraient idéalement considérer ensemble les différentes cibles (métabolisme glucidique-obésité, équilibre énergie/nutriment, caries dentaires) dans ces circonstances à long terme. L’utilisation de profils de biomarqueurs plutôt que d’un seul marqueur, ainsi que les technologies post-génomiques, seraient utiles dans ce contexte. Enfin, globalement, les auteurs estiment que de nouvelles études sont nécessaires pour pouvoir établir des recommandations plus précises et fiables sur les apports glucidiques dans l’alimentation.
 Central aspects of sugars in human nutrition. Obesity Review, 2009, 10, suppl 1, 1-23


Documents supports :
Brèves Nutrition N° 35 - Avril 2009 - N35001