Mother’ s child-feeding practices influence daughter’ s eating and weight LL Birch, JO Fisher Am J Clin Nutr, 2000, 71 : 1054-1061 Article commenté Cet article de Birch et Fisher démontre scientifiquement ce que nous savons intuitivement : l’ attitude des mères vis à vis de la nourriture influence le comportement alimentaire et le poids de leurs filles et réciproquement, le niveau de corpulence des filles influence l’ attitude des mères. L’ introduction met l’ accent sur « l’ environnement non partagé », à savoir le fait que les parents ne traitent pas tous leurs enfants pareillement, mais que leurs attitudes dépendent des caractéristiques de l’ enfant, sexe, âge, place dans la fratrie, apparence physique. Le but principal de l’ étude est de tester le modèle présenté par Costanzo et Woddy (voir figure), modèle qui postule que les parents imposent un contrôle restrictif d’ autant plus sévère que l’ apparence se trouve valorisée ou problématique pour eux mêmes, et que leur enfant leur semble à risque de surpoids. Sujets et méthodes : L’ étude repose sur l’ analyse de 197 filles (âge moyen 4,6 – 5,4 ans) et de leurs mères biologiques, les sujets ne présentant pas de pathologie et n’ étant pas végétariens. Le recrutement s’ est fait par voie de presse. Les mesures effectuées concernant les mères : Outre la mesure du poids et de la taille des mères, pas moins de 7 tests ont été pratiqués utilisant différentes échelles ou parties d’ échelles, en particulier : – un inventaire alimentaire, – une sous-échelle de restriction , – une sous-échelle du poids perçu de l’ enfant, – un questionnaire alimentaire de l’ enfant et particulièrement la sous-échelle concernant l’ enfant en surpoids, la sous-échelle de restriction, la sous-échelle de « monitorage » de l’ alimentation des filles par leur mère. – le questionnaire de recours à la restriction. Les mesures concernant les filles : – le contrôle à court terme des apports énergétiques, en l’ absence des mères, ou « COMPX » comporte une précharge de, soit 25 kilojoules, soit 149 kilojoules suivi d’ un déjeuner 20 minutes plus tard proposant une alimentation ad libitum. Les deux protocoles ont été menés chez toutes les filles. Le score de compensation est de 100% si 100% de la différence entre les deux précharges est compensée lors du déjeuner qui suit la précharge légère, soit 624 kilojoules. – le protocole de « libre accès » mesure la réponse des filles à la présence de nourriture palatable en l’ absence de faim. Après un déjeuner-type, les filles sont interrogées une par une afin de mesurer : – leur faim éventuelle, – leurs préférences alimentaires, – leur capacité de consommer librement des snacks pendant une séance comportant différents jouets la quantité totale de calories consommées est alors calculée, – le rapport des mères sur les apports énergétiques de leurs filles sur 24 heures, – l’ index de masse corporelle des filles. Résultats 156 paires mère-filles ont été retenues sur 197. – Les mères présentent un léger surpoids (IMC à 26,0 ± 0,4), – l’ IMC des filles est légèrement au dessus de la moyenne, – le pourcentage moyen de compensation des filles au « COMPX » est de 50%, – durant la procédure de « libre accès », en l’ absence des mères, les filles consomment en moyenne 503 kilojoules, ce qui représente 6% des apports quotidiens recommandés (les apports énergétiques quotidiens sont estimés à 6398 kilojoules, soit moins que les recommandations pour l’ âge : 1800 kcal ou 7542 kj). Discussion Il existe une relation significative entre le poids des mères et celui des filles, relation comparable à celle observée dans les familles d’ obèse. Deux voies semblent influencer le poids relatif des filles : 1- Directes entre le poids des mères et celui des filles, reflet de la génétique et de l’ environnement partagé. 2- L’ influence de l’ environnement, du contrôle maternel sur le comportement alimentaire et le poids des filles. Ces résultats montrent le caractère bidirectionnel des influences parents-enfants au sein des familles : – Le poids des filles influence la perception des mères sur le risque de surpoids et ainsi modifie les pratiques de nourrissage des mères avec leurs filles, ce qui conforte le modèle de Costanzo et Woddy. Ainsi un contrôle parental excessif se produit : – Si les parents investissent particulièrement le comportement alimentaire de leurs enfants. – Quand les enfants sont à risque de développer un surpoids. – Quand les parents ont des difficultés à contrôler leurs propres apports énergétiques et pensent qu’ il en est de même pour leurs enfant. Une mère qui a du mal à contrôler son propre poids, et qui perçoit sa fille comme étant à risque de surpoids, risque de recourir à une plus grande restriction pour son enfant. Ainsi le flux se fait dans les deux sens : si les mères sont hyper-contrôlées, elles génèrent des difficultés dans le « self- control » de leurs filles qui auront du mal à ajuster leurs apports et qui auront tendance à augmenter les prises alimentaires sous forme de snacks. On assiste ainsi à un transfert inter générationnel, les mères les plus contrôlées donnant « naissance » à des filles très contrôlées. Les auteurs, en conclusion, font preuve de réserve en insistant sur le fait que leurs études ne concernent que les relations mères enfants et non pas les autres facteurs tels que la télévision les médias l’ activité physique qui ne font pas partie de ce modèle. Cette étude souligne donc un aspect important de l’ environnement dit « non partagé », et met l’ accent sur la nécessité d’ une action préventive qui devra passer par des règles de bonne pratique de nourrissage des enfants en raison de leurs effets sur le comportement alimentaire et le poids. Sans remettre en question la méthodologie et les résultats de cette étude, on peut s’ étonner de l’ énormité du matériel utilisé : – près de 200 couples mères-filles, – 10 échelles principales (associées à des sous échelles d’ échelles, donc non validées…) * Pour un résultat attendu : le comportement alimentaire des mères influence le comportement alimentaire des filles… et la corpulence des filles influence l’ attitude des mères. Cela semble évident ! Encore fallait-il le démontrer… Docteur Bernard WAYSFELD Paris * on sait qu’ en bonne pratique méthodologique, on n’ a pas le droit d’ utiliser une partie d’ échelle ou de test car cette fraction n’ est par définition pas validée, mais tout le monde le fait.