Compte tenu des prévalences élevées de surpoids et d’obésité chez l’enfant, il est essentiel de mieux comprendre les comportements alimentaires qui peuvent favoriser le développement précoce du surpoids. Manger en l’absence de faim et une mauvaise compensation calorique (capacité à compenser le contenu en énergie d’une charge préalable donnée avant un repas) sont deux pratiques associées au surpoids chez l’enfant.

L’objectif de cette étude a été de comparer la consommation alimentaire en l’absence de faim et la compensation calorique d’enfants français de 3-6 ans (n=236), et d’examiner l’influence des caractéristiques morphologiques (adiposité, âge, sexe) et des pratiques alimentaires maternelles sur ces comportements.

L’étude a compris trois sessions (une par semaine) organisées au déjeuner (repas identique aux trois sessions) à la cantine de l’école. Au cours de la 1ère session, qui a été la session de contrôle, seul le déjeuner était servi. Au cours de la 2nde session, un pain au chocolat a été offert aux enfants 30 min avant le déjeuner pour mesurer le score de compensation calorique. La 3ème session, où des aliments appétissants variés ont été proposés aux enfants dix minutes après le repas, a permis de mesurer un score de consommation en l’absence de faim.

La consommation d’énergie lors du déjeuner a été significativement réduite à la 2ème session, après la prise du pain au chocolat, par rapport aux déjeuners des 2 autres sessions : en moyenne, les enfants ne compensent que partiellement (52 %) l’énergie déjà consommée 30 minutes avant le repas apportée par le  pain au chocolat. Lors de la 3ème session, les enfants ont consommé, en l’absence de faim, 90 kcal en moyenne après le repas, ce qui représente 24% de l’énergie fournie par le repas du midi. Les garçons ont mangé plus que les filles en l’absence de faim. La comparaison de chaque individu a montré que les enfants qui ne compensent pas l’énergie consommée préalablement ne sont pas forcément les mêmes que ceux qui ont mangé en l’absence de faim. Ceci suggère que les deux comportements ne sont pas corrélés entre eux : manger sans avoir faim répondrait à des signaux externes, alors que compenser l’énergie consommée répondrait à des signaux internes de satiété. Les scores mesurés ne sont pas liés à l’âge ou à l’adiposité. En revanche, la quantité d’énergie consommée après le repas dans la 3ème session a été reliée positivement à l’IMC des enfants.

L’utilisation de l’aliment comme récompense par les mères a été la seule pratique alimentaire significativement associée aux scores mesurés. Plus cette pratique a été importante, plus le score de consommation en l’absence de faim a augmenté, mais plus le score de compensation a augmenté. Les auteurs ont expliqué ce résultat surprenant par le fait que l’utilisation fréquente d’aliments comme récompense peut exposer régulièrement l’enfant à la consommation en dehors des repas, ce qui pourrait être associé à une meilleure capacité à s’adapter à cette situation. Cependant, cette meilleure compensation n’est pas nécessairement suffisante pour ramener la consommation aux besoins de l’enfant.

Cette étude a montré que dès l’âge de 3 ans, les enfants peuvent présenter des comportements susceptibles de favoriser la surconsommation (compensation calorique insuffisante, consommation en l’absence de faim), surtout si leurs parents ont l’habitude d’utiliser les aliments comme récompense. Avis aux parents !

Impact of adiposity, age, sex and maternal feeding practices on eating in the absence of hunger and caloric compensation in preschool children.

Remy E, Issanchou S, Chabanet C, Boggio V, Nicklaus S.

Int J Obes (Lond). 2015 Mar 17. doi: 10.1038/ijo.2015.30. [Epub ahead of print]

Auteur : REMY E

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 60 - Juin 2015 - N60006