En 2007, des auteurs écossais publiaient les résultats d’une étude menée dans un groupe de femmes de poids normal, montrant que l’ajout de saccharose dans l’alimentation pendant 4 semaines était partiellement compensé par une réduction de la consommation de l’ensemble des nutriments (glucides , lipides et protéines). Comme il n’était pas possible d’extrapoler ces résultats aux femmes  en surpoids la même équipe a récemment réitéré l’expérience chez 53 femmes âgées de 20 à 55 ans, dont l’indice de masse corporelle (IMC) était situé entre 25 et 30 kg/m2 (correspondant donc à la catégorie du « surpoids »).

Pendant une période de 4 semaines, 24 de ces femmes, constituant le groupe « saccharose  », ont reçu 4 bouteilles de 25 cl d’une boisson sucrée disponible dans le commerce, représentant un apport total de 105 g de glucides , soit 1 800 kJ. Les 29 autres femmes (groupe « aspartame ») ont reçu 4 bouteilles de 25 ml d’une formulation sans saccharose  mais contenant de l’aspartame, de la même marque. Afin que l’étude puisse être conduite en aveugle, toutes les bouteilles étaient de la même couleur et dépourvues d’étiquettes. Aucune autre instruction n’était donnée concernant le reste de l’alimentation ; les participantes devaient noter en détail leur consommation alimentaire quotidienne.

MISE EN ÉVIDENCE D’UNE ASSOCIATION  SACCHAROSE ET RÉDUCTION DES APPORTS ÉNERGÉTIQUES

La consommation énergétique moyenne, identique dans les 2 groupes au début de l’étude (9 126 MJ), a légèrement augmenté de 0,5 MJ, dans le groupe « saccharose  » au cours de la première semaine pour retrouver sa valeur initiale en fin d’étude. Les femmes recevant le supplément de saccharose ont donc spontanément réduit leurs apports énergétiques, phénomène de compensation déjà observé par la même équipe chez les femmes de poids normal. L’étude n’a pas permis d’identifier le ou les macronutriments sur lesquels a porté plus particulièrement cette compensation, par ailleurs aucune modification significative du poids corporel n’a été notée. L’évaluation de l’humeur des participantes n’a pas non plus montré de variation significative.

QU’EN EST-IL DE LA PRISE DE POIDS ?

Pourquoi, se demandent les auteurs, certaines études ont-elles rapporté une association entre consommation de saccharose et prise de poids ? Selon eux, plusieurs hypothèses méritent d’être prises en considération : 1) une durée plus longue d’exposition et/ou une consommation plus importante de glucose sont peut-être nécessaires ; 2) des facteurs cognitifs absents dans une étude conduite en aveugle pourraient entrer en jeu ; 3) l’association saccharose -prise de poids pourrait ne concerner que certains sous-groupes (obèses, obèses dépendants du saccharose , compensation par l’alimentation dans la gestion des affects, etc.). Pour les auteurs, il est probable que les effets négatifs, parfois décrits, du saccharose sur la sélection des aliments et l’humeur soient essentiellement dus à des facteurs psychologiques. Tout en faisant partie d’une alimentation équilibrée, le saccharose est affectivement chargé et joue un rôle majeur dans la psychologie de la sélection alimentaire.Les auteurs soulignent prudemment que, malgré leur intérêt, ces résultats ne sont extrapolables ni aux obèses, ni aux personnes soumises à des compulsions alimentaires, ni, bien entendu, aux hommes*.

 

*Les femmes diabétiques ou dépressives, et celles présentant un trouble du comportement alimentaire ou ayant suivi un régime récent étaient exclues.

 

 A court terme, les boissons sucrées ne modifient pas l’apport énergétique total chez les femmes en surpoids. REID M., HAMMERSLEY R., DUFFY M. Appetite, 2010, 55 : 130-6

Auteur : Reid M., Hammersley R., Duffy M.

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 43 - Avril 2011 - N43001