Fructose et hypertension : la source alimentaire compte plus que le sucre lui-même

Fructose et

hypertension

La source alimentaire compte plus que le sucre lui-même.

Santé

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Si les messages de santé ont un temps porté sur les nutriments, ils sont aujourd’hui davantage orientés vers les aliments. Dans cette idée, une équipe a ainsi préféré considérer les aliments sources de fructose (ou de sucres contenant du fructose, comme le saccharose) plutôt que le fructose en lui-même pour étudier les relations entre la consommation de ce sucre et la survenue d’une hypertension artérielle. 

Une méta-analyse qui scrute les relations doses-réponses

Boissons sucrées (sodas essentiellement), fruits, yaourts (sucrés), desserts lactés, jus de fruits (100 % pur jus) et snacks sucrés (chocolats, biscuits, confiseries…) ont ainsi été considérés successivement dans une méta-analyse incluant 15 cohortes prospectives et rassemblant près d’un million de participants (7 pays représentés, en particulier les Etats-Unis ; âge des sujets compris entre 14 et 65 ans). Particularité méthodologique de l’étude : l’importance donnée par les auteurs aux analyses dites « doses-réponses » qui permettent de mieux caractériser la forme des courbes représentant les relations entre la consommation de ces aliments et le risque d’hypertension, pour tous les niveaux de consommations, alors que les analyses classiques comparent seulement les consommations extrêmes (les plus fortes versus les plus faibles) sans intégrer les consommations intermédiaires.

Les calories liquides, une spécificité des boissons sucrées

Parmi les principaux résultats, on peut retenir que le risque d’hypertension augmente de 10 % environ, dès la consommation quotidienne de 355 mL de boissons sucrées (volume proche de la canette standard de 33 cL ; voir figure (a)). L’hypothèse explicative des auteurs ? En tant que calories liquides, les boissons sucrées seraient moins satiétogènes que des aliments sources de calories solides, et conduiraient à un apport énergétique excédentaire, une prise de poids et les désordres métaboliques qui en découlent, dont l’hypertension.

Peu ou pas d’associations avec les autres groupes alimentaires

Les consommations de trois portions de fruits/jour (240 g) et d’une portion de yaourt/j (125 g) étaient quant à elles associées à un risque d’hypertension modestement réduit, de 5 % environ (voir figures (b) et (c)).

Enfin, lorsque les chercheurs considéraient la consommation de jus de fruits, le risque d’hypertension était légèrement réduit (- 3 %) pour des consommations comprises entre 50 et 150 mL, mais accru pour des consommations dépassant 200 mL/j, soit l’équivalent d’un verre (risque décrivant une courbe en U ; voir figure (d)). Ainsi, au-delà d’un certain volume de jus de fruits, les bénéfices des composés bioactifs des fruits susceptibles de protéger contre l’hypertension pourraient être contrecarrés par les calories excessives consommées. Les relations se révélaient non concluantes pour les autres groupes alimentaires considérés (desserts lactés, boissons aux fruits et snacks sucrés[1]).

Considérer la source alimentaire et non le nutriment isolé

Ces associations disparates selon les groupes alimentaires considérés suggèrent que le fructose qu’ils contiennent ne constitue pas, en tant que tel, un facteur clé vis-à-vis du risque d’hypertension. Les données confirment cependant la nécessité de limiter la consommation de boissons sucrées, et mettent en garde contre l’extrapolation des conclusions des études portant sur ces boissons (sources de sucres « liquides ») aux autres catégories d’aliments contenant des sucres.

Cette revue renforce le bienfondé de recommandations basées sur des aliments et non des nutriments isolés.

[1] Une seule cohorte d’enfants et d’adolescent traitait des snacks sucrés, limitant la portée de ce résultat.

Sugar sweetened Beverages

Fructose fruitsFructose jus de fruitsFructose Yaourt

Figure : Relations dose-réponse entre la consommation de groupes alimentaires sources de fructose ((a) boissons sucrées ; (b) fruits ; (c) yaourts sucrés ; (d) jus de fruits) et le risque d’hypertension.

Les traits pleins noir et rouge représentent respectivement les courbes de risque selon un modèle linéaire et non linéaire ; les traits pointillés noirs correspondent à l’intervalle de confiance à 95 % pour le modèle non linéaire.

A retenir
  • Les relations entre la consommation d’aliments sources de fructose et le risque d’hypertension dépendent du groupe d’aliment considéré.

  • La consommation de boissons sucrées (sodas) est associée à un risque accru d’hypertension tandis que les fruits et les yaourts constituent plutôt des facteurs protecteurs.

  • Ces résultats confirment le bienfondé de recommandations qui ciblent des aliments et non des nutriments considérés de façon isolée.

Sources
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