Pour le Pr André Grimaldi (Paris), le volet diététique de la prise en charge du diabète de type 2 passe prioritairement par un soutien méthodique adapté à chaque patient.

 


unes premiere chose importante est de faire un sort a la grande croyance historique erronée qu’il faut diminuer la consommation de glucides chez le diabétique, martèle le Pr Grimaldi (hôpital de La Pitié- Salpêtrière, Paris); le premier ennemi dans l’alimentation, de la population générale comme des diabétiques, c’est plutôt l’excès de consommation de graisses, dont les patients n’ont pas conscience!» Il s’agit donc de diminuer les apports lipidiques, et particulièrement les graisses athérogènes, d’origine animale, les viandes grasses, les fromages, le beurre et tout ce qui en contient, comme les viennoiseries.

 

 NE PAS INTERDIRE LE GOUT SUCRE

Pour le Pr Grimaldi, il faut prendre garde à la tendance, dans notre société, à culpabiliser le goût sucré chez les diabétiques, un interdit à connotation culturelle, car identifié au plaisir. «Une telle attitude peut conduire certains sujets à une véritable obsession du goût sucré, et même à développer une appétence pour celui-ci qu’ils n’éprouvaient pas avant, en réaction à l’interdit.»

 

La deuxième idée reçue soulevée par le Pr Grimaldi concerne la distinction entre sucres lents et sucres rapides «qu’il faut définitivement remplacer par la notion d’indice glycémique, étroitement liée à la digestibilité des différentes catégories d’aliments». En effet, la texture de l’aliment, le type d’amidon qu’il renferme, sa cuisson et son traitement industriel jouent un grand rôle. Ainsi le pain, la semoule ou encore le riz bien cuit sont particulièrement hyperglycémiants, les légumineuses ont un indice bas, tandis que les pommes de terre se situent entre les deux. On peut conseiller des apports moitié-moitié de féculents et de légumes verts.

 

 

 REDRESSER LES ERREURS DE COMPORTEMENT

Le troisième point fondamental, pour la prise en charge du diabète de type 2, concerne les troubles du comportement alimentaire. Retrouver un rythme alimentaire, de trois repas par jour à heures fixes, est un passage obligé pour nombre de patients dérégulés. «Une majorité de femmes font une sorte de restriction cognitive, ne pensant qu’à se restreindre durant une partie de la journée puis sont sujettes en soirée à des crises de compulsion, voire de boulimie, et ne mangent plus rien le lendemain matin, ni à midi, puis le cycle recommence», explique le Pr Grimaldi.

 

 

 APPRENDRE A LIRE LES ETIQUETTES

L’éducation du diabétique doit également comprendre une formation à une lecture correcte des étiquettes des produits alimentaires. ««Sans sucre ajouté» ou «sans sucre» signifie sans saccharose, mais n’exclut pas les autres glucides comme le glucose pur, contrairement à la mention «sans sucres» au pluriel, rappelle le Pr Grimaldi. «Allégé en» signifie qu’on a diminué d’au moins 25% la teneur d’un nutriment. Mais le mot «light» n’a aucune signification légale.»

 

Il faut aussi faire la chasse aux calories inutiles, à commencer par celles apportées par l’alcool, qui se comportent comme des lipides dans l’organisme, sauf le vin qui ne contient pas de sucre (hormis les vins doux): 1 à 3 verres par jour sont possibles; sans oublier que la bière contient 5% de sucre.

 

 

 PROMOUVOIR L’ACTIVITE PHYSIQUE

L’activité physique est indissociable des mesures diététiques. «Une activité quotidienne suffisante aide à prévenir le diabète et à le maîtriser quand il est avéré. Il faut se réapproprier son corps, en y trouvant du plaisir, chacun comme il l’entend et le peut: du vélo, de la marche, du jardinage…», propose le Pr Grimaldi. En outre, tout excès alimentaire peut être compensé par une activité physique, par exemple par une demi-heure de vélo.

 

 

 SAVOIR PRESCRIRE

Pour prescrire des mesures qui impliquent un changement de mode de vie, «il faut commencer par une enquête nutritionnelle, plus qualitative que quantitative, afin de déterminer comment mange le patient, estime le Pr Grimaldi. Pour l’aider à corriger ses troubles alimentaires, il faut l’éduquer à acheter les produits qui lui conviennent et l’encourager à développer des contrats avec lui-même, comme de ne plus boire d’alcool hormis le dimanche». Mais le contrat doit être global et inclure l’observance médicamenteuse; à la charge du médecin de permettre au patient d’exprimer facilement ses difficultés, «en rapprochant éventuellement les consultations, jusqu’à trouver un compromis optimal», préconise le Pr Grimaldi, en ajoutant un dernier conseil: «ne pas se focaliser sur les écarts, s’ils sont épisodiques», pour éviter l’autoculpabilisation. -DIDIER RODDE D’après un entretien avec le Pr Grimaldi.

 

 

 

DIDIER RODDE