Alors que la surcharge pondérale expose à un risque accru de nombreux cancers, une étude s’intéresse au risque de ces cancers en lien avec la consommation de certains sucres et aliments sucrés. Cancers gastro-intestinaux, cancers des organes féminins, de la sphère urogénitale, des os, du sang ou de la thyroïde… tels sont les cancers « liés à l’adiposité » considérés dans cette étude, en accord avec les classifications de l’American Cancer Society et du National Cancer Institute. Leur incidence a été suivie jusqu’en 2013 chez 3 184 adultes américains de la Framingham Offspring Cohort, dont les consommations alimentaires avaient été enregistrées pour la première fois presque 20 ans auparavant, entre 1991 et 1995 (la stabilité de consommation de glucides dans cette cohorte a été vérifiée par ailleurs).

Sucres et aliments sucrés : pas de relation mise en évidence

S’intéressant d’abord aux apports en fructose et saccharose, les chercheurs n’ont mis en évidence aucune association entre les niveaux de consommation de ces sucres et la survenue de cancers liés à l’adiposité (risque global calculé pour l’ensemble des cancers liés à l’adiposité), même dans des modèles ajustés sur des facteurs de confusion potentiels (âge, sexe, apport énergétique, tabac, activité physique, indice de masse corporelle, etc.). De même, aucune relation n’est ressortie lorsqu’ils ont considéré le risque de cancers liés à l’adiposité en fonction de la fréquence de consommation hebdomadaire d’aliments sucrés (pâtisseries, gâteaux, biscuits, chocolat, confiseries, desserts lactés, etc.) ou de boissons sucrées (sodas, jus de fruits, etc.).

Boissons sucrées : à risque en cas d’obésité abdominale ?

Pour aller plus loin dans leur démarche, les auteurs ont ensuite entrepris des analyses en fonction des critères anthropomorphiques des individus et des sites de cancer. Malgré les effectifs réduits pour ce type de test (pouvant limiter la puissance statistique), les analyses séparées en fonction du tour de taille des individus, marqueur d’obésité abdominale reconnue pour son caractère délétère vis-à-vis de nombreuses maladies métaboliques, révèlent un risque accru de cancers liés à l’adiposité associé à la consommation de boissons sucrées. Ainsi, chez les hommes et les femmes présentant un tour de taille respectivement supérieur à ≈ 100 et 90 cm, le risque de cancers liés à l’adiposité était majoré de 59 % chez les plus forts consommateurs de boissons sucrées par rapport aux plus faibles.

Jus de fruits et cancer de la prostate : relation réelle ou artefact statistique ? 

Enfin, dans des analyses complémentaires portant sur les cancers liés à l’adiposité les plus communs (cancer du sein, de la prostate et colorectal), un résultat peu attendu est apparu : le risque de cancer de la prostate serait augmenté – de 58 % – chez les hommes consommant du jus de fruits plus de 7 fois par semaine (soit plus d’une fois par jour) par rapport à ceux en consommant moins de 2 fois par semaine. Les auteurs relativisent toutefois ce résultat : ils s’interrogent en effet sur la nature des boissons déclarées comme jus de fruits par les participants (100 % pur jus ou boissons sucrées aux fruits ?) ; en outre, ils n’excluent pas la possibilité d’un résultat « faussement significatif » lié aux comparaisons multiples réalisées dans ces analyses exploratoires, sans correction du seuil de significativité.

À retenir :

  • Le fructose et le saccharose ne sont pas associés au risque de cancers liés à la surcharge pondérale dans une cohorte américaine suivie pendant plus de 20 ans.
  • Ce risque augmente en revanche avec la consommation de boissons sucrées chez les personnes présentant une obésité abdominale.
  • Le risque de cancer de la prostate pourrait être accru chez les plus forts consommateurs de jus de fruits, bien que ce résultat mérite davantage d’études.

Source : Consumption of Sugars, Sugary Foods, and Sugary Beverages in Relation to Adiposity-Related Cancer Risk in the Framingham Offspring Cohort (1991-2013). Makarem N, Bandera EV, Lin Y, Jacques PF, Hayes RB, Parekh N. Cancer Prev Res. 2018 Jun;11(6):347-358.

 


Documents supports :
Brèves Nutrition n°72 - juin 2018