L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a présenté le 5 mars dernier son projet de recommandations sur les apports en sucres, soumis à une consultation publique jusqu’à fin mars 2014. Emise en 2002, la recommandation suggérait de limiter les apports en sucres libres à moins de 10% de l’apport énergétique total quotidien. Le nouveau projet de lignes directrices reconduit à l’identique cette mesure visant à l’échelle mondiale la prévention de la carie et de l’obésité chez l’enfant et l’adulte. S’appuyant sur une étude épidémiologique sur la carie, l’OMS suggère en outre qu’une réduction de ce pourcentage à moins de 5% par jour apporterait des bénéfices supplémentaires (c’est une recommandation dite « conditionnelle », c’est-à-dire soumise à discussion car le niveau de preuve actuel est très faible et les bénéfices non validés).


A noter que ces propositions s’appliquent aux « sucres libres », dont l’acception est plus large que celle des sucres ajoutés. Selon l’OMS, les « sucres libres » regroupent les monosaccharides (tels que le glucose et le fructose) et les disaccharides (tels que le saccharose ou sucre de table) « qui sont ajoutés aux aliments par le fabricant, le cuisinier ou le consommateur, ainsi (que les) sucres naturellement présents dans le miel, les sirops, les jus de fruit et les concentrés de fruits ».

L’analyse des études scientifiques par l’OMS montre que la baisse ou l’augmentation des apports en sucres sont associées à des variations parallèles du poids ;  l’effet reste faible et moins évident chez les enfants, mais dépend du niveau de consommation en sucres « libres ». Toujours selon l’OMS, ces variations de poids ne semblent pas liées à la nature même des sucres « libres » mais sont plutôt la conséquence d’apports caloriques globalement en excès.


Où en est-on en France ?

En France, les enfants consomment en moyenne autant de sucres totaux que les adultes, soit environ 100g/j selon les enquêtes nationales disponibles. Cela représente une plus forte proportion de leur énergie quotidienne que chez les adultes. Cette proportion est la plus élevée chez les 3-6 ans, avec plus de 25 % des calories apportées par les sucres, venant majoritairement des produits laitiers et des fruits. En moyenne, les sucres apportent 18% de l’énergie quotidienne chez les adultes. Il s’agit ici de la totalité des sucres apportés par l’alimentation, regroupant les sucres naturellement présents dans les aliments et les sucres ajoutés.


En 2006, l’Institut de Veille sanitaire a réalisé à l’échelle de la population française une première évaluation des apports en sucres issus des produits sucrés (se rapprochant de la définition des sucres libres de l’OMS). Leur contribution aux apports énergétiques est en moyenne de 13,6% chez les enfants de 3 à 17 ans et de 9,5 % chez les adultes. En terme de distribution de population, 73,9 % des adultes contre 44,8% des enfants satisfont à l’indicateur d’objectif nutritionnel français sur les sucres, inspiré de celui de l’OMS.


Sources :

          ENNS InVs, 2007

          Lignes directrices OMS sur les sucres, 5 mars 2014


Références

          Dietary sugars and body weight: systematic review and meta-analyses of randomised controlled trials and cohort studies
Revue systématique et méta-analyse menées par l’University of Otago, Nouvelle-Zélande. Publiées dans le BMJ, 2012

          Effect on caries of restricting sugars intake: Systematic review to inform WHO guidelines
Revue systématique menée par la Newcastle University, Royaume-Uni. Publiée dans le Journal of Dental Research, 2014