Cet article présente les connaissances actuelles concernant le rôle physiologique du récepteur du goût sucré ainsi que les potentielles perspectives thérapeutiques liées à son inhibition. Ce récepteur a été identifié chez l’homme au niveau de la bouche au début des années 2000. Le goût sucré signale la présence de nutriments riches en énergie (les glucides) et influence le comportement alimentaire. Grâce à ses multiples sites de liaison, ce récepteur est capable d’être activé par une grande variété de molécules à saveur sucrée : sucres, édulcorants synthétiques et naturels et certaines protéines.

Le nombre d’inhibiteurs au goût sucré connu à ce jour reste très restreint. Les plus étudiés sont le lactisole, issu de grains de café torréfiés, et l’acide gymnémique, extrait des feuilles de liane Gymnema sylvestre, dont les sites de liaison sur le récepteur ont été identifiés. Les fibrates, utilisés dans le traitement des hyperlipidémies, et certains herbicides et pesticides présentent des similitudes structurales avec le lactisole. Il a été montré que ces composés sont capables d’inhiber l’activité du récepteur aussi efficacement que le lactisole.

Le récepteur du goût sucré a été mis en évidence dans d’autres organes que la bouche de manière inattendue mais sa présence s’explique au fur et à mesure de la découverte de son rôle dans ces tissus.

Dans les cellules de l’estomac, le récepteur pourrait jouer un rôle dans la régulation de la sécrétion de ghréline, hormone qui stimule l’appétit. Dans l’intestin, il serait impliqué dans la détection du glucose luminal et dans la régulation de la sécrétion de certaines hormones de satiété comme GLP-1 ainsi que dans l’expression d’un transporteur de glucose. Il a été montré que dans le duodénum de patients atteints de diabète de type 2, le niveau d’expression du récepteur est augmenté. Dans le pancréas, sa présence pourrait être impliquée dans la régulation de la glycémie et dans la sécrétion d’insuline. Ces données montrent le rôle majeur et multiple du récepteur du goût sucré dans le processus de détection des glucides au niveau du système digestif et dans la régulation métabolique

L’intervention du récepteur du goût sucré dans la régulation métabolique et la modulation possible de son activité par des inhibiteurs naturels d’origine végétale ouvrent ainsi des perspectives intéressantes pour le traitement de certaines maladies métaboliques. L’identification du rôle de ce récepteur dans différents organes soulève aussi des interrogations sur l’impact des édulcorants, reconnus par ces récepteurs, sur le contrôle métabolique.

Les inhibiteurs du goût sucré : perspectives thérapeutiques

Maud Sigoillot, Anni Laffitte, Fabrice Neiers, Loïc Briand

Cahiers de Nutrition et Diététique, mars 2015

 

Auteur : SIGOILLOT M

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 60 - Juin 2015 - N60002