N02001 Article commenté Les aliments ont un pouvoir rassasiant ou satiétogène variable selon leur densité calorique et leurs caractéristiques physico-chimiques et sensorielles. L’ évaluation des effets des aliments sur les processus de satiété pose des difficultés méthodologiques auxquelles se heurte la science de l’ aliment. L’ équipe de John BLUNDELL, dans cet article publié dans la revue Appetite, nous propose une méthode originale pour chiffrer l’ effet rassasiant d’ un aliment. Ce « quotient de satiété » est une formule utile en recherche pour comparer les effets psychophysiologiques des aliments . Avant de découvrir cette formule, un bref rappel sur le processus de satiété n’ est sans doute pas inutile (le lecteur trouvera dans l’ introduction de l’ article une très brillante revue sur le sujet). Rassasiement et satiété Le rassasiement se définit comme un processus dynamique qui se développe au cours des repas et aboutit à son interruption. La satiété est un état d’ inhibition qui fait suite à un repas et se termine avec l’ initiation de la prise alimentaire suivante. Le rassasiement est prandial, la satiété est interprandiale. Rassasiement et satiété sont déterminés par des facteurs sensoriels, cognitifs, pré-absortifs et postabsortifs. Les déterminants sensoriels sont en rapport avec les caractéristiques physico-chimiques de l’ aliment, les déterminants cognitifs avec ce que l’ on sait des aliments, les effets pré-absortifs avec les conséquences neuro-hormonales de la présence d’ aliments dans le tube digestif et les effets postabsortifs sont en rapport avec les modifications métaboliques succédant à l’ absorption des nutriments. La recherche sur le comportement alimentaire porte généralement sur la prise alimentaire, la motivation à manger (faim, envie de manger), les préférences alimentaires, la sélection des macronutriments. En ce qui concerne l’ étude de la prise alimentaire, deux procédures sont utilisées : la consommation peut être mesurée pendant un épisode prandial ou à la suite de celui-ci. En d’ autres termes, on étudie les effets sur le rassasiement ou la satiété soit au cours des repas, soit à la suite de ce qu’ on appelle une précharge. Le paradigme de la précharge est le plus souvent utilisé : l’ aliment testé est consommé en quantité fixe et l’ on étudie l’ effet de cette précharge sur un repas-test présenté secondairement. Les échelles visuelles analogiques sont utilisées pour traduire les sensations subjectives en mesures objectives quantifiables : les sujets cotent sur une échelle millimétrique leur degré de faim, d’ envie de manger, etc.. Jusqu’ à présent, les méthodes pour évaluer l’ effet satiétogène des aliments butaient sur différents obstacles : les quantités d’ aliments proposées étaient fixées (ce qui n’ est pas le cas dans les conditions de vie normale où le sujet peut manger, le plus souvent ad libitum), les évaluations étaient généralement statiques (portant sur une période de temps courte). Les progrès méthodologiques récents, initiés par Holt et Brand Miller ont consisté à évaluer le phénomène de rassasiement et de satiété en intégrant la notion de processus dynamique s’ étalant dans le temps et se produisant dans un contexte de prise alimentaire ad libitum. Le quotient de satiété L’ idée est de définir un indice reliant la quantité d’ aliment consommé (ad libitum ou dans des conditions contraintes) aux cotations de motivation à manger suivant la consommation d’ un aliment en prenant en compte l’ évolution de cette cotation dans le temps. Grâce à cette approche, il est possible de distinguer deux aliments ayant une cinétique d’ effet satiétogène différente : l’ un ayant un rassasiement précoce et une satiété courte et l’ autre produisant un rassasiement tardif et une satiété prolon- gée. On comprend que ces deux aliments n’ auraient pas le même impact sur la structure générale de la prise alimentaire dans la journée. Telle est la problématique méthodologique à laquelle l’ équipe de J. BLUNDELL cherche à répondre. En d’ autres termes, il s’ agit d’ étudier dans quelle mesure la consommation d’ un aliment réduit les sensations subjectives de faim ou d’ appétit en rapportant les résultats à la quantité d’ énergie consommée. Il n’ est pas possible, dans ce bref résumé de l’ article, d’ entrer dans les détails de cette formule et des conditions expérimentales. Ce qu’ il importe de retenir est que cette formule permet une approche beaucoup plus fine du pouvoir rassasiant et satiétogène d’ un aliment et permet des comparaisons entre les aliments dans des conditions qui se rapprochent plus de celles de la vie quotidienne que celles des précédents paradigmes expérimentaux. Les auteurs de l’ article présentent différents résultats expérimentaux illustrant l’ intérêt de leur approche. Très clairement, l’ effet post-ingestif immédiat d’ un aliment n’ est pas le même que celui observé à distance du repas. Certains aliments paraissent efficaces pour supprimer la faim à court terme alors que d’ autres favorisent une satiété durable. La courbe ci-dessous en illustre un exemple : L’ équipe de J BLUNDELL, qui poursuit depuis plusieurs années un travail de recherche sur la méthodologie d’ étude du comportement alimentaire, aboutit ainsi à la mise au point d’ un outil d’ investigation du plus grand intérêt. Pr. Arnaud BASDEVANT Service de Médecine Interne et Nutrition Hôtel-Dieu, Paris.

 

A Satiety quotient : a formulation to assess the satiating effect of food. GREEN S.M., DELARGY H.J., JOANES D., BLUNDELL J.E. Appetite, 1997, 29 : 291-304

Auteur : HJ Delargy