Les modèles qui prédisent les changements de poids corporels suite à une intervention sur la balance énergétique prennent en compte l’adaptation métabolique (changements physiologiques du métabolisme de repos, de la balance hydrique, effet thermique des aliments…). Cependant, la compensation comportementale existe également. Ainsi, lors d’une intervention visant une balance énergétique négative, un individu peut répondre en réduisant volontairement l’activité physique et/ou augmentant sa consommation calorique si ses « envies » ne sont pas bien contrôlées. A l’inverse, durant une intervention apportant un apport énergétique supplémentaire, l’apport calorique via d’autres sources peut diminuer.

Afin de mesurer ce niveau de compensation comportementale, les auteurs ont tout d’abord déterminé par méta-analyse les changements de poids obtenus à partir de 73 mesures de 28 études cliniques randomisées contrôlées d’intervention sur la balance énergétique (15 sur l’activité physique, 9 sur l’addition d’énergie, 3 sur la restriction alimentaire et 2 incluant restriction alimentaire et exercice) publiées entre 1987 et 2012. Ils les ont ensuite comparés à ceux prédits par un modèle empirique mathématique ne prenant en compte que la compensation métabolique. La différence de changement de poids devrait être révélatrice d’une compensation comportementale.

Les résultats ont suggéré en effet la mise en place d’une compensation comportementale menant à un changement de poids moindre que celui attendu. Son niveau a différé selon le type d’intervention. Les résultats d’intervention consistant à rajouter de l’énergie au régime montrent 96% de gain de poids en moins que celui prédit par les modèles métaboliques sans compensation comportementale. La compensation comportementale est aussi évidente dans l’analyse des études de restriction alimentaire et d’activité physique: les différences de perte de poids peuvent aller jusqu’à respectivement 12-44% et 55-64% de perte de poids en moins que les pertes de poids attendus par les modèles ne prenant pas en compte la compensation comportementale.

Cette étude a montré que les modèles de prédictions actuels surestiment systématiquement les changements de poids, en ne prenant pas en compte les compensations comportementales qui peuvent être importantes. Cette information pourrait aider à mieux estimer les changements de poids souhaités dans le cadre d’interventions contre l’obésité.

 

Predicting adult weight change in the real world: a systematic review and meta-analysis accounting for compensatory changes in energy intake or expenditure.

Dhurandhar EJ, Kaiser KA, Dawson JA, Alcorn AS, Keating KD, Allison DB.

Int J Obes (Lond). 2014 Oct 17. [Epub ahead of print] Review.

Lien d’intérêt: Allison DB et son université ont reçu des honoraires et dons de sociétés et associations en relation avec l’obésité. Kaiser KA a reçu des honoraires d’orateur de Coca-Cola Iberia.

Auteur : DHURANDHAR EJ

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 59 - Mars 2015 - N59012 (Réf. 4589)