Cette revue critique de la littérature tente d’expliquer l’origine de la prédisposition génétique à l’obésité et son évolution en fonction des facteurs biologiques, environnementaux et socioculturels. Les auteurs se demandent aussi pourquoi les variants génétiques persistent dans le temps alors que l’obésité a un effet négatif sur la santé humaine.

L’hypothèse du génotype économe qui repose sur le fait que l’excès de tissu adipeux permettait à nos ancêtres de survivre en cas d’appauvrissement de la disponibilité des nutriments ne peut expliquer à elle seule l’épidémie d’obésité rencontrée dans notre monde moderne. Le fait que dans un même environnement, des individus sont obèses alors que d’autres ne le sont pas, suggère qu’il y a une variabilité inter-individuelle liée à des facteurs biologiques et environnementaux, à des pratiques culturelles, à la migration des populations et à l’hérédité (génétique ou épigénétique).

Les auteurs décrivent les études qui montrent l’importance des lipides dans le développement du cerveau de l’enfant et du tissu adipeux dans la thermorégulation et suggèrent que des gènes impliqués dans l’adipogenèse ont été sélectionnés pour permettre une fonction neuronale et une thermorégulation efficace. Il se pourrait également qu’une quantité optimale de graisse corporelle puisse être bénéfique pour la fonction reproductive et pour lutter contre les infections dans l’enfance, bien que ce lien serait dépendant du profil génétique. Des variants de gènes impliqués dans notre rythme circadien pourraient également contribuer à l’obésité. L’adaptation génétique à des changements de stratégies d’approvisionnement (de chasseurs-cueilleurs vers un mode de vie sédentaire) et à l’introduction de nouveaux aliments pourrait expliquer la prédisposition génétique à l’obésité. L’attirance vers un partenaire corpulent pour ces avantages biologiques et reproductifs peut aussi avoir été conservée dans certaines familles et durant plusieurs générations, même si aujourd’hui l’idéal physique est modifié par les médias.

Cette revue a montré qu’au-delà du concept du génotype économe proposé par Neel, des mécanismes biologiques ont pu conduire à une augmentation de variants génétiques ou épigénétiques prédisposant à l’obésité. La capacité de certains gènes à induire plusieurs effets phénotypiques variés et apparemment non liés, dont certains sont bénéfiques, pourrait expliquer pourquoi des allèles apparemment néfastes dans notre environnement obésogène actuel persistent encore dans le génome humain. Les auteurs espèrent que cette approche holistique interdisciplinaire du risque génétique de l’obésité, au niveau individuel ou à l’échelle de populations, permettra de trouver des stratégies de prévention, de gestion et de traitement de l’obésité.

On the origin of obesity: identifying the biological, environmental and cultural drivers of genetic risk among human populations. Qasim A, Turcotte M, de Souza RJ, Samaan MC, Champredon , Dushoff J, Speakman JR, Meyre D. Obes Rev. 2017 Nov 16

Auteur : Qasim A

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Brèves n°71 - janvier