Selon une idée assez répandue, la dépendance au sucre joue un rôle important dans l’obésité et les troubles du comportement alimentaire. Cette idée semble confortée par certaines expériences animales suggérant que le glucose peut induire un phénomène de dépendance (voir article *68003). Des mécanismes analogues sont-ils à l’origine des compulsions alimentaires ou de la boulimie chez l’homme ?

Pour répondre à cette question, un chercheur britannique a généré un certain nombre de prédictions du comportement humain reposant sur la possibilité d’une addiction au sucre chez l’homme. La confrontation de ces prédictions aux données de la littérature l’a amené à rejeter l’hypothèse selon laquelle les troubles du comportement alimentaire seraient liés à une dépendance au sucre.

En effet, chez l’homme, le jeûne, analogue à une situation de sevrage, n’entraîne pas une envie irrésistible (« craving ») de consommer du sucre ; les personnes en surpoids ne montrent pas une attirance particulière pour les aliments sucrés ; les aliments sucrés ne prédisposent pas plus à l’obésité que les autres aliments ; les aliments sucrés ne sont pas consommés préférentiellement lors des épisodes de binge ; les antagonistes des opiacés ne provoquent pas de syndrome de manque ; enfin, les compulsions alimentaires n’apparaissent pas préférentiellement au cours de l’enfance, période de la vie caractérisée par une forte attirance pour le sucre qui s’atténue fortement par la suite.

Deux modèles ont été proposés pour expliquer les troubles du comportement alimentaire : selon le premier modèle, adopté implicitement par les chercheurs qui pensent trouver une explication dans l’expérimentation animale, ces troubles seraient liés à la nature des aliments consommés et à la façon de les consommer. Selon l’autre modèle, binge eating, boulimie mais aussi anorexie seraient de (mauvaises) réponses à des problèmes d’une autre nature, psychologique ou sociale. Enfin, si la surconsommation alimentaire est bien l’un des facteurs favorisant l’obésité, concentrer tous les efforts de prévention sur les seuls aliments sucrés serait faire fausse route. On sait que les lipides jouent un rôle majeur dans les préférences des consommateurs en termes de goût, sont riches en calories et entraînent moins facilement la satiété que les glucides. En conclusion, pour l’auteur, il n’existe donc pas d’addiction au sucre chez l’homme.

The plausibility of sugar addiction and its role in obesity and eating disorders. Benton D. Clin Nutr. 2010 Jun;29(3):288-303. Epub 2009 Dec 28. Review. N68014

Auteur : Benton D

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Brève Nutrition n°68 - Juin 2017 - N68014