Lors d’un état de famine, tous les organes peuvent perdre jusqu’à 40 % de leur poids ; le cerveau fait exception et ne perd au maximum que 1 % de son poids. Selon la théorie dite du « cerveau égoïste », le cerveau régule son système de stress, composé du système nerveux sympathique et de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien pour prélever en toutes circonstances la quantité d’énergie dont il a besoin, même si cela pénalise les autres organes. Cet « accaparement » de l’énergie par le cerveau cesse dès que l’équilibre homéostasique cérébral est atteint.

La question suivante a été récemment posée : en incitant le cerveau à dépasser ses objectifs homéostasiques, la dépendance au sucre est-elle une cause d’obésité ? Ici, deux théories s’affrontent. Pour Tanya Zilberter (chercheur en neurosciences, Stockholm, Suède), cette dépendance qu’elle nomme « le côté le plus obscur du cerveau égoïste » déborde la stricte régulation de l’équilibre énergétique cérébral car elle est motivée par la recherche d’une récompense hédonique. Mais Achim Peters (médecin, université de Lübeck, Allemagne) lui répond que si la dépendance au sucre a pu être provoquée chez le rat de laboratoire, elle n’a jamais été observée chez l’homme. De plus, les rats rendus dépendants compensent l’excès de calories apportées par le sucre en diminuant leur prise de nourriture ordinaire et maintiennent ainsi leur poids.

Selon Achim Peters, l’ingestion de sucre est la manière la plus rapide de résoudre la crise énergétique cérébrale résultant d’une période de jeûne prolongé. Cette résolution entraîne certes un signal de récompense, avec la libération intracérébrale de dopamine, mais aussi l’extinction de la réponse de stress. Ces mécanismes permettraient de maintenir efficacement l’homéostasie cérébrale dans un environnement instable.

 

Does sugar addiction really cause obesity? Peters A., Front Neuroenergetics, 2011, vol. 3, pp. 11.

 


Auteur : PETERS A

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Brèves Nutrition N° 48 - Juin 2012 - N48007 (Réf 4721)