L’évolution des habitudes alimentaires et la sédentarité caractéristique du mode de vie actuel sont souvent invoquées pour expliquer l’épidémie d’obésité et de diabète de type 2 qui frappe aujourd’hui l’ensemble de la planète. Ce problème majeur de santé publique est lié à des tendances sociétales « lourdes » et des comportements individuels difficiles à modifier. Mais certains chercheurs pensent que les facteurs de risque d’obésité et de diabète associés au mode de vie actuel ont été insuffisamment explorés. C’est dans cette optique que S. Bo et al. (Turin et Asti, Italie) ont évalué chez 1 597 sujets d’âge moyen les effets du manque de sommeil, des températures de chauffage trop élevées ou, au contraire, de la climatisation des logements, du temps passé devant la télévision, de la fréquentation des restaurants et de la prise de médicaments antidépresseurs et antipsychotiques. De l’influence du manque de sommeil, de la température et des fibres alimentaires…

Ces variables n’ont pas été sélectionnées au hasard. La durée moyenne du sommeil a diminué au cours des 5 dernières décennies, de 8-9 h à 7 h par nuit ; le manque de sommeil s’accompagne de perturbations hormonales qui augmentent l’appétit et la consommation d’aliments riches en énergie. Les plats servis au restaurant (dans cette étude, pizzerias : 47% ; restaurants classiques : 35% ; restauration rapide : 18%) sont plus caloriques, plus gras et contiennent moins de fibres que les plats préparés à domicile. Une température ambiante élevée (> 20°C) empêche l’activation de la graisse brune. L’air conditionné supprime le manque d’appétit dû aux fortes chaleurs et la télévision est une des principales causes de sédentarité. Enfin, la prise de poids est un effet secondaire fréquent des antidépresseurs et antipsychotiques.

Au début de l’étude, les sujets ont rempli plusieurs questionnaires concernant leur mode de vie et leurs habitudes alimentaires. Leurs caractéristiques anthropométriques et leur glycémie à jeun ont été mesurées. Ces mesures ont été répétées 5 ans plus tard.

Et surtout de la sédentarité

Lors de l’évaluation finale, 8% des sujets sains étaient devenus obèses (IMC ≥ 30 kg/m2) et 17,8% hyperglycémiques*. Après ajustement sur les facteurs potentiellement confondants tels que le sexe, le niveau d’éducation, l’IMC initial, et la consommation d’alcool, l’analyse a identifié plusieurs des variables évaluées comme facteurs de risque indépendants. Un faible niveau d’activité physique, un nombre important de repas pris au restaurant, une température moyenne en automne et hiver plus élevée à domicile et un manque de sommeil étaient significativement plus fréquents chez les sujets devenus obèses. Un nombre important de repas pris au restaurant et une température plus élevée à domicile étaient significativement plus fréquents chez les sujets devenus hyperglycémiques.

L’étude de Bo et al. identifie ainsi plusieurs facteurs de risque jusque là négligés. La modification de ces comportements pourrait constituer un levier additionnel efficace pour endiguer l’épidémie actuelle d’obésité et de diabète.

*Il s’agit dans cette étude des sujets présentant une hyperglycémie à jeun (1 à 1,25 g/l, soit 5,6 à 6,9 mmol/l) ou un diabète avéré > 1,26 g/l, soit 7 mmol/l) ; ces deux catégories étant regroupées pour des raisons de puissance de l’analyse statistique.

Contributors to the obesity and hyperglycemia epidemics. A prospective study in a population-based cohort. Bo S., Ciccone G., Durazzo M., Ghinamo L., Villois P., Canil S., Gambino R., Cassader M., Gentile L., Cavallo-Perin P. Int J Obes (Lond), 2011, vol. 35, No. 11, pp. 1442-1449.

Auteur : BO S.

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 47 - Mars 2012 - N47001 Réf. 4700