PARIS, 13 oct 2011 (AFP) – L’alimentation et le mode de vie des deux parents avant même la conception augmentent le risque pour l’enfant de souffrir d’obésité, et des maladies qui vont avec, mais rien n’est vraiment irréversible sauf cas extrêmes, selon des spécialistes réunis à Paris.
Le surpoids (IMC supérieur à 25) et l’obésité (IMC supérieur à 30) touchent aujourd’hui 16% des enfants, un phénomène en augmentation même si en France la hausse se stabilise depuis quelques années. Sa fréquence est sept fois plus élevée chez les enfants d’ouvriers que chez ceux des cadres, et elle persiste à l’âge adulte chez 80% des enfants de plus de 10 ans.
L’IMC, ou indice de masse corporelle, est le rapport du poids au carré de la taille.
Selon le Pr Rachel Lévy, spécialiste de la biologie de la conception à l’hôpital de Bondy, l’obésité peut se déclencher dès le stade embryonnaire, c’est ce qu’on appelle « l’origine développementale des maladies de l’adulte ».
« La surnutrition, la sous-nutrition, et en général le déséquilibre alimentaire vont altérer la croissance foetale », a-t-elle souligné lors d’un colloque sur l’obésité infantile organisé par le Collectif national des associations d’obèses (CNAO), et sous-titré « In utero, protégeons-le déjà contre l’obésité ».
Les études sont nombreuses et anciennes soulignant l’impact de la mauvaise nutrition et de l’obésité maternelles sur le développement de l’enfant à naître, du fait de l’altération des ovocytes.
Ce qui, selon une étude récente sur des souris, est vrai aussi pour les spermatozoïdes : un IMC trop élevé du père a un impact sur « le nombre de spermatozoïdes, la capacité à féconder l’ovocyte, et même la vitesse de développement de l’embryon au cours des sept premiers jours », a souligné le Pr Lévy.
« Il n’est jamais trop tard » Un impact qui se transmettrait jusqu’aux petits-enfants. « On va s’intéresser à ce que votre papa et votre grand-père ont mangé », relève le Pr Lévy, pour qui cependant « on peut agir à tout moment ». Elle prône « une alimentation équilibrée et diversifiée des deux parents dès trois mois avant la grossesse », puisque les gamètes mettent trois mois avant d’atteindre leur maturité.
Lorsque l’enfant et l’obésité sont là, on peut encore remédier au problème. La pédiatre Sylvie Hubinois, du Repop (Réseau pour la prise en charge et la prévention de l’obésité en pédiatrie), estime qu’il faut commencer à s’en soucier « dès les premiers mois de vie ».
Pour l’enfant un peu plus âgé, outre l’alimentation équilibrée, elle prône, au-delà des traditionnels cours de danse ou judo, la trottinette, des marches quotidiennes, la poussette mise au placard…
Avec les adolescents, « on a l’impression d’arriver trop tard », dit-elle. « Le discours normatif des parents » n’a pas d’influence, note le psychiatre Marc Grohens. A contrepied, « il prend des décisions irréversibles sans en mesurer les conséquences parce qu’il est dans la démesure ». En outre, manger sucré, par exemple, peut être « un moyen de mettre un peu de sucre dans sa vie ».
« Il n’est jamais trop tard », martèle le Dr Jean-Marc Catheline, chef du service de chirurgie viscérale à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis. « Il faut apprendre aux familles à manger et à marcher », dit-il, estimant que pour la prévention « on serait plus efficace en donnant des cours de cuisine dans les écoles ».
Quant à la chirurgie, à base d’anneau gastrique, de gastrectomie ou de dérivations (bypass), elle doit être « le dernier recours, quand tout a échoué », dit-il, insistant sur les complications à long terme et les nouvelles opérations souvent nécessaires.
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Christine COURCOL