L’odeur stimule l’appétit et la prise alimentaire. Peut-être pas chez tous, mais c’est le cas chez les femmes en situation d’obésité, selon une étude italienne menée sur un échantillon de 30 sujets. 

Les odeurs influencent l’appétit sensoriel spécifique

Il est établi que les odeurs jouent un rôle important dans la perception et l’appréciation des aliments que nous consommons. Les odeurs, notamment celles perçues de manière inconsciente, agissent également en amont de la prise alimentaire, en modifiant notre « appétit » sensoriel spécifique, c’est-à-dire notre envie de consommer des aliments ayant certaines caractéristiques (sucré, salé, gras…), en relation avec l’odeur perçue.

Cependant peu d’études se sont intéressées à l’impact des odeurs alimentaires sur l’appétit et la consommation réelle chez les individus obèses, dont on sait pourtant qu’ils répondent moins aux stimuli internes de régulation de la prise alimentaire (sentiment de faim et de satiété), et sont parfois plus sensibles aux stimuli alimentaires externes (vue, odeur…), ce qui peut favoriser la prise de poids.

Du pain et de la soupe de légumes

Dans cette étude, 30 femmes obèses (IMC moyen = 34,9 kg/m2, âge moyen = 50 ans) ont assisté à une session test et à une session de contrôle, menées à l’heure du déjeuner, sur deux jours différents. L’ordre des sessions était tiré au sort et non communiqué aux participantes.

Au cours de la session test, les sujets passaient 10 minutes dans une pièce où était diffusée une odeur de pain à des concentrations légères mais détectables. Dans la session de contrôle, elles passaient 10 minutes dans une pièce sans odeur alimentaire. Avant chaque session, les participantes évaluaient leur appétit général (faim, soif, sentiment de satiété, envie de manger).

Après chaque session, elles remplissaient un questionnaire évaluant, sur une échelle allant de « pas du tout » à « beaucoup », leur envie de consommer douze aliments regroupés en quatre catégories dites d’appétit spécifique : des aliments sucrés hautement caloriques (glace, gâteau, chocolat), des aliments salés hautement caloriques (escalope de veau panée, fromage, frites), des aliments sucrés peu caloriques (melon, pomme et fraises) et des aliments salés peu caloriques (tomate, courgette et carotte crue). L’addition des scores obtenus pour ces quatre appétits spécifiques donnait un nouveau score d’appétit général.

Après cette évaluation, les participantes étaient conduites dans une pièce sans odeur, où leur était proposée de la soupe de légumes à volonté. Leur consommation de soupe était évaluée, sans qu’elles le sachent.

Un effet significatif de l’odeur sur l’appétit et la prise alimentaire

En moyenne, les participantes ont consommé significativement plus de soupe pendant la session test (466 g) que lors de la session de contrôle (369 g). L’exposition à l’odeur de pain a donc augmenté leur consommation alimentaire.

Le stimulus olfactif a également augmenté de manière significative l’appétit général, ainsi que l’appétit spécifique des participantes pour les aliments salés hautement énergétiques, c’est-à-dire pour des produits appartenant à la même catégorie que l’aliment dont était testée l’odeur (le pain étant un aliment salé et de densité énergétique élevée).

Ces résultats suggèrent la possibilité d’influencer les choix alimentaires et la prise énergétique des individus obèses en jouant sur les odeurs. D’autres recherches plus larges, incluant des hommes, d’autres aliments, un groupe contrôle (ici chaque sujet était son propre témoin), ainsi que la possibilité de choisir entre différents plats après les sessions, sont néanmoins nécessaires afin de confirmer cette hypothèse. Les auteurs soulignent en outre que l’utilisation des odeurs pourraient également constituer une stratégie pour augmenter la prise alimentaire de personnes manquant d’appétit (personnes âgées, anorexiques…).

 

Points à retenir :

  • L’exposition inconsciente à une odeur de nourriture (ici le pain) augmente la consommation alimentaire (ici de soupe) chez les femmes obèses.
  • L’exposition à un stimulus olfactif stimule l’appétit pour des aliments similaires en termes de goût et de densité énergétique.
  • L’utilisation d’odeurs pourrait constituer une stratégie pour orienter les sujets obèses vers la consommation d’aliments sains et peu énergétiques.

 

Source : Proserpio C, Invitti C, Boesveldt S, et al. Ambient Odor Exposure Affects Food Intake and Sensory Specific Appetite in Obese Women. Front Psychol (2019), 10:7; doi: 10.3389/fpsyg.2019.00007.

Auteur : Proserpio C

Documents supports :
Brèves Nutrition n°75