Les régimes à faible indice glycémique (FIG) peuvent être utiles pour diminuer la glycémie post-prandiale chez les individus diabétiques, comme chez les non diabétiques. Des études menées chez le rat ont montré que la consommation d’ aliments FIG pouvait en outre diminuer l’ adiposité et augmenter la sensibilité à l’ insuline. Qu’ en est-il chez l’ homme : le régime FIG intervient-il sur le métabolisme des lipides et des glucides ? Et si oui, ces effets diffèrent-ils entre individus diabétiques et non diabétiques ? Une équipe de chercheurs français, de l’ Hôtel Dieu à Paris, a étudié successivement chez ces deux types de sujets, les effets d’ un régime FIG par rapport à un régime à index glycémique élevé (HIG). Les résultats ont fait l’ objet, pour les sujets non diabétiques, d’ une publication dans Diabetes Care en Mai 2002. Pour les sujets diabétiques, ils ont été dévoilés lors d’ une conférence donnée lors du Congrès de l’ International Diabetes Federation à Paris, du 24 au 29 août 2003, mais n’ ont pas encore été publiés. Deux études croisées ont ainsi été réalisées sur 11 hommes non diabétiques à surcharge pondérale modérée (BMI 28 ± 1 kg/m2) et 12 hommes atteints de diabète de type 2 à surcharge pondérale élevée (BMI 31.2 ± 1.5%). Les volontaires ont suivi un régime FIG et un régime HIG pendant deux périodes de 5 ou de 4 semaines, séparées par un intervalle de 5 ou de 2 semaines, selon les protocoles respectivement suivis par les sujets « sains » et les sujets diabétiques. Les régimes FIG et HIG ne diffèrent qu’ en termes d’ index glycémique (FIG : 41.0 ± 1.0 % versus HIG : 71.3 ± 1.3 %) et de contenu en fibres (FIG : 31 ± 2 g versus HIG : 19 ± 1 g). En effet, ils ont une teneur énergétique totale et une teneur en macronutriments comparables. L’ effet sur la glycémie et l’ insulinémie postprandiales du régime FIG est semblable sur les deux populations : les profils post-prandiaux de glucose et d’ insuline, ainsi que les aires sous les courbes, sont abaissés par rapport au régime HIG.Par ailleurs, le taux de glucose plasmatique à jeun est inchangé entre les deux périodes de régime pour les sujets non diabétiques, tandis qu’ il est abaissé d’ 1.1 mM (p<0.05) par le régime FIG chez les diabétiques, avec une diminution de l’ hémoglobine glyquée de 0,5 % (p<0.05). Cela traduit une amélioration du contrôle du glucose plasmatique chez les sujets diabétiques. L’ utilisation du glucose par l’ organisme est augmentée chez ces derniers, comme en témoignent les mesures effectuées avec la technique du clamp euglycémique hyperinsulinémique (5,86 ± 0,85 mg/kg/min avec FIG versus 3,50 ± 1,24 avec HIG, p<0.05). Concernant les profils lipidiques, le taux de cholestérol total à jeun est diminué chez les deux types de sujets, mais plus particulièrement chez les diabétiques (-1 mM, p<0.05) que chez les non-diabétiques, où la baisse est peu significative (– 0,4 mM, p=0.065). Le taux des triacylglycérols diminue aussi chez les diabétiques (p<0.05) et chez les non diabétiques (aire sous la courbe des triacyglycérols après le déjeuner : 335 ± 36 mM /4 heures après FIG, versus 413 ± 49 initialement). Celui des apolipoprotéines B baisse également, mais dans une moindre mesure. En revanche, le taux des acides gras libres n’ est significativement diminué que chez les sujets diabétiques (p<0.05). Chez les deux populations étudiées, la masse corporelle reste inchangée, quel que soit le régime suivi. En revanche, une perte de masse graisseuse de 700 g au profit de masse maigre est observée chez les sujets « sains » uniquement leur perte de masse grasse s’ accompagne d’ une diminution de l’ expression des gènes de la leptine, de la lipoprotéine lipase et de la lipase hormono-sensible dans les tissus adipeux superficiels de l’ abdomen. Les effets bénéfiques du régime FIG sur le métabolisme des graisses différent donc selon le statut des malades vis-à-vis du diabète.Ainsi, le régime FIG intervient sur le métabolisme des glucides, en induisant des profils de glycémie et d’ insulinémie postprandiales plus bas que le régime HIG, et, chez les sujets diabétiques, en améliorant le contrôle du glucose plasmatique et en augmentant l’ utilisation du glucose. En outre, le régime FIG améliore le métabolisme des lipides chez tous les individus testés, avec toutefois des effets différents. Chez les diabétiques, il améliore les profils plasmatiques des lipides (baisse de la cholestérolémie à jeun et des triglycérides plasmatiques après le déjeuner) . Chez les non-diabétiques avec une légère surcharge pondérale, il réduit la masse grasse corporelle au profit de la masse maigre et, au niveau du tissu adipeux, module l’ expression des gènes codant pour des enzymes du métabolisme lipidique. Il reste à déterminer pourquoi cet effet sur la masse grasse n’ est pas observé chez les patients diabétiques, en dépit de la diminution d’ insuline qui devrait s’ accompagner d’ un moins grand stockage de graisse au niveau du tissu adipeux. Un tel régime pourrait donc être utile dans la prévention de l’ obésité, du diabète et des maladies cardiovasculaires chez les sujets sains à surcharge pondérale modérée et dans l’ amélioration du contrôle glycémique et de l’ utilisation du glucose de sujets diabétiques de type 2. Dr François Elkik

Auteur : Bouche C