Les petits gâteaux américains Oreo, à la crème et au chocolat, susciteraient autant de plaisir dans le cerveau que des injections de morphine ou de cocaïne. C’est le résultat d’une étude du Connecticut College menée sur des rats de laboratoire. Mais peut-on vraiment comparer les produits à forte teneur en sucres et en calories à des drogues dures ? Réponse avec l’addictologue Michel Lejoyeux.

 


Que les petits biscuits Oreo suscitent une réaction dans la zone de plaisir du cerveau n’est pas surprenant du tout. On connaît le potentiel de plaisir des boissons et des aliments sucrés et cette envie de recommencer qu’ils génèrent.

Rappeler la tendance de notre corps à préférer les aliments qui lui procurent une satisfaction immédiate et notre goût pour le sucre et le gras, c’est très bien. Mais ne comparons pas des petits gâteaux à la cocaïne ! C’est une réduction intellectuelle.


Le plaisir ne fait pas l’addiction

Dire que la cocaïne est aussi dangereuse qu’un biscuit, voire moins, c’est un raisonnement simpliste. D’un côté, on tend à banaliser un produit extrêmement néfaste et un comportement qui tue. De l’autre, on médicalise des comportements très banals que sont les moments de plaisir. C’est à la fois un retour de la pudibonderie dans nos sociétés, refusant le plaisir, et un laxisme, puisque l’on met des substances qui n’ont rien à voir sur le même plan.

La potentialité du plaisir et l’attraction pour une molécule ne font pas l’addiction. Si tout ce qui procurait du plaisir était addictif, qu’est-ce qui ne serait pas addictogène ? Si on pensait tenir une nouvelle drogue et que l’on posait le diagnostic de l’addiction dès qu’une zone spécifique dans le cerveau, celle du système de récompense, était stimulée, on risquerait d’avoir une vie bien triste.

Nous, addictologues, avons été dépassés par le succès publicitaire du mot addiction. À tel point que le terme « addict » est devenu un argument de vente. Mais le fait de manger des Oreo, de lire des articles sur Le Plus ou de regarder des séries télévisées n’est pas en soi une addiction. Le penser revient même à banaliser les vraies addictions.


Gravité de la dépendance physique

C’est un déni de la gravité de la dépendance, notamment physique. Un tabagique ou un alcoolique qui n’a pas eu sa cigarette ou son verre d’alcool est en manque. Son corps réclame le produit. Il est mal quand il ne consomme pas la substance addictive. C’est très au-delà du plaisir que peut provoquer un petit gâteau comme l’Oreo. Comparer l’envie de manger des petits gâteaux et celle de se faire un shoot d’héroïne, c’est caricatural !

Certes, les Oreo procurent du plaisir et suscitent une envie de répétition. Certes, les zones cérébrales excitées sont les mêmes. Certes, nos addictions sont un continuum de situations de plaisirs normales. Mais on ne va pas hospitaliser quelqu’un parce qu’il est en manque d’Oreo ! Alors que j’hospitalise tous les jours des gens en manque d’alcool. Le manque d’Oreo, s’il existe, est avant tout psychique.

Et n’oublions pas les effets sanitaires des drogues, leurs dommages et leurs effets psychotropes. La consommation d’Oreo ne provoque pas d’ivresse ou de troubles du comportement graves. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas être vigilant vis-à-vis des informations nutritionnelles ou du surpoids. Mais la cocaïne, ce n’est pas l’Oreo.


Propos recueillis par Daphnée Leportois.