Le surpoids et l’obésité sont généralement considérés comme résultant d’un déséquilibre entre apports (excessifs) et/ou dépenses énergétiques (insuffisantes). Pourtant, les interventions centrées sur ces simples facteurs de risque traditionnels, n’ont donné que peu de résultats concluants. Ces dernières années, le manque de sommeil a émergé en tant que nouvel élément déterminant dans la survenue du surpoids et de l’obésité, en particulier chez les jeunes. Une des hypothèses explicatives émises, pour lier sommeil et poids, est l’accroissement voire l’altération qualitative des apports alimentaires.

Cette étude épidémiologique a reposé sur les données d’une grande étude transversale européenne (Healthy Lifestyle in Europe Nutrition in Adolescence) dont la ville française était Lille et a concerné 1 522 adolescents, âgés de 12,5 à 17,5 ans. L’objectif était d’explorer la relation éventuelle entre la durée du sommeil et la qualité du régime alimentaire d’adolescents, selon le genre, et en se basant sur un indice, de qualité nutritionnelle globale de l’alimentation et d’adéquation par rapport aux recommandations nutritionnelles, le DQI-AM (Diet Quality Index for Adolescents with Meal).

Les auteurs ont mis en évidence une corrélation positive entre durée de sommeil et indice DQI-AM (p<0,001). Lorsque l’effectif était réparti selon la durée de sommeil (insuffisant : inférieur à 8 heures par nuit ; limite : de 8-9 heures par nuit ; suffisant supérieur à 9 heures par nuit), il a été observé que les jeunes ayant un sommeil d’une durée insuffisante ou limite avaient un indice de qualité nutritionnelle plus faible que les adolescents dormant suffisamment (p<0,001 et p=0,018 respectivement). Les garçons consommaient plus de boissons sucrées et les filles d’aliments à forte densité nutritionnelle lorsqu’ils avaient dormi moins de 8 heures.

Les hypothèses émises sont d’une part une perturbation de la physiologie des hormones de la satiété, d’autre part une prise alimentaire accrue lorsque le sommeil est amputé dans un environnement où les aliments sont nombreux et faciles d’accès, et enfin, une modification des choix alimentaires liées à la fatigue, ceux-ci se portant sur des aliments riches en énergie.

En dépit de son caractère transversal et de la nécessité d’autres études notamment prospectives, cet article laisse envisager un impact du déficit en sommeil sur la prise alimentaire qualitative et peut-être sur la survenue d’une prise de poids, ou d’autres pathologies liées à l’alimentation.

Association between self-reported sleep duration and dietary quality in European adolescents.

Br J Nutr. 2013 Sep;110(5):949-59.

Bel S, Michels N, De Vriendt T, Patterson E, Cuenca-García M, Diethelm K, Gutin B, Grammatikaki E, Manios Y, Leclercq C, Ortega FB, Moreno LA, Gottrand F, Gonzalez-Gross M, Widhalm K, Kafatos A, Garaulet M, Molnar D, Kaufman JM, Gilbert CC, Hallström L, Sjöström M, Marcos A, De Henauw S, Huybrechts I.


Auteur : BEL S

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 53 - Septembre 2013 - N53014 (Réf. 4503)