Cette revue de la littérature a examiné si les prix alimentaires peuvent être un frein à l’adoption d’une alimentation saine par les catégories sociales défavorisées. Il est bien connu d’une part que les régimes alimentaires conformes aux recommandations nutritionnelles coûtent plus chers et d’autre part que les catégories sociales défavorisées ont une alimentation de moins bonne qualité nutritionnelle, sans qu’une relation de cause à effet n’ait pu être prouvée. A partir de 819 abstracts postérieurs à 2000, l’étude a porté sur 151 articles, complétés par les données de consommation alimentaire et de coûts associés, de 2624 adultes français de l’étude INCA2. L’étude a mis en valeur les points marquants suivants :

– La part de l’alimentaire dans le budget des ménages diminue avec l’élévation des revenus, rendant l’impact du prix des aliments plus fort pour les pauvres.

– Des femmes pauvres, à qui il est demandé ce qu’elles achèteraient si elles disposaient d’un budget plus élevé choisissent des aliments sains, indiquant que les mauvais choix alimentaires sont liés essentiellement au prix et   non à un manque de connaissance.

– Le rôle du moindre coût dans le choix d’aliments de moindre qualité nutritionnelle est renforcé par le fait qu’ils sont faciles à préparer ou prêts à consommer et plaisants au goût car riches en sucres et en graisses.

– L’étude confirme qu’une alimentation de qualité est plus chère, en particulier à cause du prix des fruits et légumes, des viandes et des poissons.

– Un modèle mathématique a démontré que le budget minimal pour une alimentation équilibrée est de 3,5€/j (sans rien jeter, en ne buvant que de l’eau du robinet et sans manger à l’extérieur), bien au-delà du budget des   catégories les plus défavorisées.

– Au sein d’une même ville, certains groupes socio-culturels à faibles revenus ont des habitudes alimentaires leur permettant spontanément de bénéficier, sans surcoût, d’une alimentation de meilleure qualité que d’autres groupes aux mêmes revenus.

Les auteurs concluent que les disparités socio-économiques dans la qualité de l’alimentation peuvent s’expliquer par le prix trop élevé des aliments sains. Une des pistes pour y remédier consisterait à mettre en évidence les associations alimentaires présentant un ratio qualité nutritionnelle / coût optimal.

Contribution of food prices and diet cost to socioeconomic disparities in diet quality and health: a systematic review and analysis.

Darmon N, Drewnowski A.

Nutr Rev. 2015 Oct;73(10):643-60.

Auteur : DARMON N

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 62 - Décembre 2015 - N62012