Le bonbon est un aliment à forte valeur hédonique et associé au plaisir et à la récompense. C’est un élément du patrimoine alimentaire enfantin, qui reste consommé au collège, ce qui permet aux élèves d’exercer une certaine autonomie par l’achat de ces bonbons. L’auteure de cet article s’est intéressée à la fonction sociale du bonbon au collège et à sa contribution à la fabrication sociale des préadolescents.

Cette étude sociologique a été menée sur deux ans, dans deux classes de 5e, auprès d’élèves de 12-13 ans, dans deux collèges de la région parisienne : l’un en zone sensible, sur une population défavorisée, l’autre sur une classe sociale moyenne et avec une mixité plus importante. L’auteure a pu observer directement les interactions sociales entre élèves et a mené des entretiens semi-directifs.

L’auteure différencie deux types d’élèves : les personnes bien intégrées appartiennent au groupe des « populaires », tandis que les autres, « en marge », sont réunies en petits groupes. Alors que manger des bonbons en classe est interdit par les règles scolaires, certains élèves populaires transgressent cette règle afin de gagner en prestige et de maintenir leur position dominante. C’est une manière de défier l’ordre scolaire et de s’évader des contraintes imposées en classe. Le plaisir physique lié au bonbon est opposé au moment intellectuel vécu en cours. Les préadolescents se forgent ainsi une identité en opposition aux règles. D’autres élèves, en marge, ne mangent pas de bonbons en cours : ce sont soit des élèves sérieux qui choisissent au contraire de respecter l’ordre scolaire, soit des élèves à qui on ne propose pas de bonbons. En effet, le partage du bonbon constitue aussi un lien social entre préadolescents. Tous les élèves ne partagent pas avec tous, et le choix des personnes recevant les bonbons permet de définir un cercle d’amis. C’est aussi une manière de reproduire le geste affectif ou de récompense des parents vers leurs enfants. Mais tandis que les populaires choisissent à qui donner des bonbons lorsqu’ils en ont, pour affirmer leur supériorité, les élèves en marge se font régulièrement dépouiller par des élèves dominants, ce geste s’apparentant à du racket et pouvant être très brutal.

L’auteure conclue que, de manière identique dans les deux collèges, le bonbon est instrumentalisé par les préadolescents, qui l’utilisent pour répondre à des enjeux sociaux d’intégration.

L’ambivalence du bonbon dans les interactions entre préadolescents au collège (France)

Aurélie Maurice

Anthropology of food [En ligne], 9 | 2015

Auteur : MAURICE A

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Brèves Nutrition N° 63 - Mars 2016 - N63010