Dans son numéro d’août dernier, la revue Obesity Review a demandé à des auteurs, d’opinion opposée, d’argumenter leur point de vue sur le rôle potentiel des boissons sucrées dans la « pandémie » d’obésité, et son corollaire de l’intérêt qu’il y aurait à réduire leur consommation.

Allison et son équipe exposent leur travail de mise à jour d’une méta-analyse existante avec les nouveaux essais cliniques randomisés et contrôlés, d’une durée supérieure ou égale à 3 semaines portant uniquement sur la consommation de boissons sucrées et comportant un paramètre de corpulence comme critère d’évaluation. En effet, selon ces auteurs, seul ce type d’études est à la fois éthiquement réalisable, et en mesure d’établir clairement un lien de causalité entre boissons sucrées et obésité. Validant la réalité des résultats d’études en faveur de l’hypothèse d’une relation, ils opposent toutefois la faiblesse des corrélations, la nature observationnelle des séries et les fréquentes limites méthodologiques. Ils évoquent par ailleurs la majoration possible de l’activité physique, un point peu envisagé lorsqu’il est question de la non-compensation potentielle au repas suivant, de l’énergie consommée sous forme liquide.

Leur méta-analyse actualisée n’apporte pas de preuve irréfutable de la causalité entre boissons sucrées et survenue d’une obésité : 7 études ont mis en évidence une prise de poids dose-dépendante, 8 ont trouvé des résultats ambigus sur la corpulence, lors de la baisse de consommation. Enfin, l’analyse focalisée sur les sujets déjà obèses a mesuré l’effet à 0,25 DS en gain ou perte de poids lors des interventions.

D’un avis contraire, Hu, relativise la nécessité absolue d’études d’interventions. Selon lui, l’accumulation de preuves issues d’études variées et l’adéquation de ces preuves aux critères de causalité de Hill (force de l’association, cohérence, spécificité, temporalité, relation dose-effet, plausibilité, preuves expérimentales et possibilité d’explications alternatives), suffit à établir le lien causal. Cet auteur détaille, à son tour, des études récentes avec un focus sur la méta-analyse commandée par l’OMS pour étayer sa recommandation d’une limitation des sucres ajoutés à 10 % de l’apport calorique journalier. Cette méta-analyse porte sur 30 essais randomisés contrôlés, ainsi que 38 études prospectives. Elle conclut à une prise de poids, en population adulte, de 0,80 kg (95[IC] 0,39-1,21 p<0,001) lors de l’augmentation de la consommation de boissons sucrées et à une perte de poids de 0,75 kg (95[IC] 0,30-1,19 p=0,001) à la réduction de celle-ci.

Allison prône la poursuite des études afin d’obtenir les preuves irréfutables attendues et Hu, en revanche, plaide pour l’instauration de mesures de limitation, allant dans le sens des prises de position de certaines sociétés savantes.

Resolved: there is sufficient scientific evidence that decreasing sugar-sweetened beverage consumption will reduce the prevalence of obesity and obesity-related diseases.

Hu FB.

Obes Rev. 2013 Aug;14(8):606-619.

 

Kaiser KA, Shikany JM, Keating KD, Allison DB.

 

Will reducing sugar-sweetened beverage consumption reduce obesity? Evidence supporting conjecture is strong, but evidence when testing effect is weak.

 

Obes Rev. 2013 Aug;14(8):620-633.



Auteur : Hu F.-B.

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 54 - Décembre 2013 - N54012 (Réf 4516)