Article commenté Métabolisme et régulation de la lipogenèse de novo chez l’homme Cet article pose la question suivante : l’excès des glucides alimentaires chez l’homme est-il converti en graisses ? Cette question est liée à ce que les études réalisées chez l’animal de laboratoire, principalement le rat, avaient clairement démontré que l’excès des glucides alimentaires était transformé en acides gras au niveau du foie et du tissu adipeux (lipogenèse). Les acides gras synthétisés dans le foie étaient ensuite convertis en lipoprotéines de très faible densité (VLDL), qui étaient secrétées dans la circulation puis hydrolysées par la lipoprotéine lipase du tissu adipeux, les acides gras ainsi libérés étant estérifiés sur place en triglycérides et stockés. La notion selon laquelle l’excès de glucides alimentaires était converti en graisses avait été remise en cause en ce qui concerne l’espèce humaine, l’activité lipogénique du foie et du tissu adipeux étant très faible in vitro, probablement à cause de la consommation d’une alimentation de plus en plus riche en lipides. Cette question est donc reprise chez l’homme par le Dr Hellerstein qui se base sur des mesures de lipogenèse (conversion du glucose en acides gras) réalisées avec des isotopes stables. Il démontre que, chez l’homme, le remplacement isocalorique des lipides alimentaires par des glucides n’induit pas la lipogenèse hépatique. De même l’addition d’un excès de glucides à une alimentation équilibrée n’induit pas la lipogenèse hépatique tant que l’apport de glucides n’excède pas la dépense énergétique totale. L’oxydation des glucides alimentaires remplace celle des lipides. Le dépôt de lipides est augmenté mais ceci n’est pas dû à une augmentation de la lipogenèse. La seule situation dans laquelle la lipogenèse à partir du glucose est stimulée est la consommation d’un régime très pauvre en lipides. La conclusion est que la lipogenèse de novo n’est pas la voie principale par laquelle l’excès des glucides alimentaires est utilisé, lorsque le régime alimentaire est équilibré. Le mérite de cette étude a été d’établir que les deux sources majeures d’énergie (glucose et acide gras) ne sont pas interconvertibles dans les conditions habituelles de nutrition des pays industrialisés. Professeur Jean GIRARD Endocrinologie, Métabolisme et Développement CNRS, Meudon

 

De novo lipogenesis in humans : metabolic and regulatory aspects. MK. Hellerstein. Eur. J. Clin. Nutr., 1999, 53, suppl. 1 : S53-S65