Souvent décriés pour leur impact sur le risque d’obésité et de mortalité prématurée, les sucres alimentaires sont-ils à bannir de nos assiettes ou à consommer avec modération ? Une revue fait le point sur les données scientifiques actuelles.

 

Sucres alimentaires et prise de poids

Les sucres alimentaires incluent : les sucres naturellement présents dans les aliments (miel, produits laitiers, jus de fruits, fruits et légumes et aliments dérivés) ; les sucres ajoutés (saccharose, sirop de glucose ou miel), soit pendant la fabrication d’un aliment transformé, soit par le consommateur ; et les sucres libres qui regroupent les sucres ajoutés et les sucres naturellement présents dans les jus de fruits et le miel.

Différentes méta-analyses ont évalué leur rôle dans le développement du surpoids et de l’obésité. Conclusion : les sucres libres constituent un facteur crucial de gain pondéral chez les enfants et les adultes, dans la mesure où leur consommation n’est pas compensée par une dépense énergétique accrue. Moins satiétogènes que les aliments solides, ce sont en effet les boissons sucrées (dont les jus de fruits), vecteurs de sucres libres, qui favoriseraient une balance énergétique positive. D’autant que, l’échange isocalorique par d’autres glucides aurait permis d’exclure un effet métabolique spécifique des sucres.

 

Quel impact sur le risque de mortalité prématurée ?

D’après l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), les preuves manquent pour conclure à une association entre consommation de sucres alimentaires et risque de diabète de type 2. L’impact de la consommation de boissons sucrées sur l’incidence de cette maladie reste controversé et les données contradictoires, nécessitant plus de recherches sur le sujet.

Côté maladies cardiovasculaires, la plupart des études observationnelles, dont une menée aux Etats-Unis sur une cohorte de 30 000 personnes, montrent une association directe entre consommation de sucres alimentaires et risque accru, sans affirmer de lien de causalité. Les résultats des essais interventionnels concluent quant à eux à un effet modéré des sucres libres sur la lipidémie et la pression artérielle. Le remplacement isocalorique par d’autres glucides s’avère peu concluant, ce qui suggère là aussi un effet lié essentiellement à l’excès calorique, favorisant le surpoids et l’obésité.

Enfin, une revue systématique de trente-sept études prospectives révèle peu ou pas de lien entre consommation de sucres alimentaires et risque de cancer, à l’exception d’une association possible entre consommation de monosaccharides et cancer du pancréas.

 

La composition moléculaire du saccharose à l’étude

Des travaux de recherche se sont penchés sur les effets métaboliques de la consommation de saccharose, disaccharide de glucose et fructose (Glc alpha 1-6 Fru). Une première étude a montré que, par rapport à l’isomaltulose (Glc alpha 1-6 Fru), le saccharose induit une sécrétion accrue de peptide gastrointestinal (GIP) via une libération plus rapide de glucose, entraînant une augmentation de l’appétit, du poids et du risque d’insulinorésistance. Ce résultat montre qu’au-delà des calories qu’ils apportent, les sucres ont des effets métaboliques dépendant de leur structure moléculaire.

Cette revue mentionne également une étude ayant mis quant à elle une nouvelle fois en évidence l’importance de l’ensemble du régime alimentaire sur ces régulations métaboliques, puisque des sujets ayant suivi des régimes riches en graisses présentaient des taux sanguins de GIP significativement plus élevés que ceux soumis à un régime riche en sucres.

Et les auteurs de cette revue de conclure, d’une part, sur la complexité de ces phénomènes régulant l’homéostasie glucidique, avec l’implication de nombreux peptides gastro-intestinaux (ghréline, gastrine…) et, d’autre part, sur le manque de données permettant d’évaluer l’impact du saccharose et des autres nutriments sur ces phénomènes.

 

À retenir :

 

  • Les données scientifiques actuelles indiquent que l’effet délétère des sucres alimentaires n’est pas intrinsèque, mais lié à une consommation calorique excessive favorisant le surpoids, l’obésité et leur cortège de comorbidités.
  • A l’exception d’une relation possible entre consommation de monosaccharides et cancer du pancréas, il n’existe pas d’association entre sucres alimentaires et risque cancéreux.
  • Plus de recherches sont nécessaires pour évaluer les effets du saccharose sur l’homéostasie glucidique et la régulation de l’appétit.

 

Conflit d’intérêt rapporté : l’auteur de cette revue travaille pour l’association des professionnels sucriers allemands.

 

Source : Prinz P. The role of dietary sugars in health: molecular composition or just calories? European Journal of Clinical Nutrition (2019). https://doi.org/10.1038/s41430-019-0407-z

 

Auteur : Prinz P

Documents supports :
Brèves Nutrition n°76