Ce n’est pas tous les jours que l’on trouve une étude qui teste, chez l’homme, les effets métaboliques prolongés d’une très haute dose de fructose ! C’est pourquoi cet essai inédit, bien que réalisé sur un faible effectif de sujets (n = 10), a de quoi retenir l’attention. 

Une dose de 150 g/j de fructose testée pendant 8 semaines

Dans cette étude, il était en effet demandé à 10 sujets en bonne santé (âge moyen = 28 ans, IMC[1] moyen = 22,2 kg/m² ), en plus de leur régime habituel et pendant 8 semaines, de consommer 150 g de fructose par jour (soit plus de 3 fois la consommation quotidienne d’un adulte américain, représentant 618 kcal), fourni sous forme de dosettes. Les auteurs n’excluent pas qu’une partie du fructose administré n’ait pas été absorbée au niveau intestinal, compte tenu d’une capacité d’absorption dépassée. Il se peut donc que la dose de fructose réellement absorbée soit inférieure à 150 g.

 

Une compensation énergétique spontanée

L’apport énergétique total des sujets (estimé à partir des consommations alimentaires rapportées par les sujets) n’était pas modifié au cours de l’étude, ce qui signifie qu’ils diminuaient par ailleurs leurs consommations alimentaires. Notamment, ils réduisaient de façon significative leurs autres apports en sucres (passant de 380 kcal/j à 269 kcal/j). Le niveau d’activité physique était quant à lui stable pendant l’étude, et on notait une très légère diminution de l’IMC des sujets (22,2 versus 21,8 kg/m²).

 

Pas de conséquences métaboliques chez des sujets en bonne santé…

Ce contexte de poids quasi-stable au cours de l’étude offrait ainsi la possibilité d’étudier les effets métaboliques du fructose per se, indépendamment de toute prise de poids. La consommation quotidienne des dosettes de 150 g fructose pendant 8 semaines ne modifiait pas le contrôle glycémique, ni en termes de sensibilité à l’insuline ni en termes de production endogène de glucose en réponse à des taux variables d’insulinémie. La glycémie, l’insulinémie ou la concentration plasmatique de peptide C (précurseur de l’insuline) suite à un repas-test n’étaient pas modifiées non plus, pas plus que les contenus du foie et des muscles squelettiques en lipides et glycogène. Enfin, aucun effet n’était observé au niveau cardiaque.

… contrairement à des sujets atteints de stéatose hépatique

Dans ce contexte d’apport élevé en fructose pendant deux mois, compensé de façon spontanée par une diminution des consommations alimentaires et notamment des autres apports en sucres, on observe ainsi peu ou pas de conséquences métaboliques chez des sujets en bonne santé. À noter en revanche : chez 11 patients atteints de stéatose hépatique non alcoolique servant de « témoins positifs », le même traitement conduit à une augmentation du stockage hépatique de lipides, une altération de la synthèse hépatique de glycogène et une augmentation de la masse cardiaque.

 

 

 À retenir :

  • Une étude chez des sujets en bonne santé ne met pas en évidence d’effet métabolique délétère de la consommation de 150 g de fructose par jour pendant 8 semaines.
  • Les sujets compensent naturellement l’apport supplémentaire en fructose administré par une moindre consommation de sucres et conservent un poids stable au cours de l’étude.
  • Au contraire, chez des sujets atteints de stéatose hépatique non alcoolique, ce traitement conduit à des désordres métaboliques comme une accumulation hépatique de lipides.
  • Des études complémentaires sont nécessaires pour confirmer les résultats de cette étude, qui porte sur des effectifs de petite taille et n’a pas mesuré la quantité de fructose réellement absorbée par les sujets.

 

Source : Metabolic effects of a prolonged, very-high-dose dietary fructose challenge in healthy subjects. Smajis S, Gajdošík M, Pfleger L, Traussnigg S, Kienbacher C, Halilbasic E,Ranzenberger-Haider T, Stangl A, Beiglböck H, Wolf P, Lamp T, Hofer A, Gastaldelli A, Barbierri C, Luger A, Trattnig S, Kautzky-Willer A, Krššák M, Trauner M, Krebs M. Am J Clin Nutr. 2019 Dec 4. pii: nqz271.

 

[1] Indice de masse corporelle

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Auteur : Smajis S