Comment inciter les enfants à choisir d’eux-mêmes des portions alimentaires plus petites ? C’est à cette question que deux équipes de chercheurs français spécialistes du marketing social et des sciences comportementales (Insead et Centre des Sciences du Goût) ont tenté de répondre en testant chez des jeunes de 7 à 11 ans l’impact d’un exercice d’imagerie sensorielle alimentaire sur leurs choix de portion et leurs consommations.

 

 

L’imagerie sensorielle pour activer les sens

Les chercheurs ont fait venir en laboratoire 171 enfants pour leur demander de choisir entre trois portions d’un goûter qu’ils devaient consommer intégralement : la première portion était standard (celle proposée par les fabricants, soit une portion de 100 %), la seconde portion contenait 50 % de produit en plus (soit une portion de 150 %) et la troisième, 125 % de produit en plus (soit une portion de 225 %). Deux types de goûters étaient testés à une semaine d’intervalle : l’un dense en énergie, un brownie au chocolat et l’autre moins calorique, une compote de pomme. Avant de faire leur choix, il était demandé à un premier groupe d’enfants d’imaginer pendant cinq minutes, l’odeur, le goût et la texture que leur inspiraient des photos de goûters appétissants. Les résultats de l’expérience étaient comparés à une situation témoin dans laquelle un second groupe d’enfants devait imaginer les sensations (sons, chaleur du soleil sur la peau…) que leur inspiraient des photos d’activités de plein air avant de choisir une portion du produit testé.

 

Un effet positif mais modéré sur la sélection des portions

Quel que soit le type de goûter (brownie ou compote), une grande majorité des enfants choisissait la portion la plus importante parmi les trois tailles proposées. L’exercice d’imagerie sensorielle alimentaire n’exerçait d’effet que dans le cas du brownie et conduisait à une réduction modérée de la taille moyenne de la portion choisie : celle-ci représentait 202 % de la portion standard en cas d’imagerie sensorielle alimentaire versus 217 % en situation témoin. Cela se traduisait par une réduction de la consommation effective de brownie d’environ 7 % chez les enfants qui avaient procédé à l’exercice d’imagerie sensorielle.

 

Des effets variables selon les habitudes alimentaires

L’étude met par ailleurs en évidence des effets disparates de l’exercice d’imagerie sensorielle alimentaire en fonction de l’état de faim des enfants, ainsi que de leurs préférences, comportements et environnements alimentaires habituels. Ainsi, l’exercice impactait favorablement le choix des enfants qui avaient peu ou modérément faim avant le test, mais pas celui des enfants qui avaient très faim. De même, l’exercice se révélait sans effet chez les enfants attirés par les saveurs sucrées et grasses, qui choisissaient systématiquement la portion la plus importante. En revanche, l’exercice conduisait à de meilleurs résultats chez les enfants qui mangeaient vite et chez ceux dont les parents exerçaient une pression à manger, probablement en raison d’une difficulté de ces enfants à prendre en compte les signaux de rassasiement ou le plaisir à manger.

Les chercheurs concluent de leur étude, qui vient s’ajouter à leurs travaux antérieurs (voir Brèves du sucre n°73), que l’imagerie sensorielle, en permettant d’imaginer et de rendre attentif à toutes les sensations produites par un aliment, permet aux enfants d’anticiper le plaisir sensoriel ressenti et ainsi de se satisfaire de plus petites portions d’un aliment dense en énergie.

 

 À retenir :

  • Demander à des enfants d’imaginer les perceptions sensorielles telles que l’odeur, le goût et la texture des aliments peut les encourager à consommer des portions alimentaires plus petites ;
  • En particulier, cet exercice se révèle efficace dans le cas des aliments denses en énergie, chez les enfants qui ont peu ou modérément faim, chez ceux qui mangent vite ou dont les parents exercent une pression à manger.

 

Source :  Portion size selection in children: Effect of sensory imagery for snacks varying in energy density. Lange C, Schwartz C, Hachefa C, Cornil Y, Nicklaus S, Chandon P. Appetite. 2020;150:104656.

Auteur : Lange C

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Brèves nutrition juin 2020