Bien qu’ils soient couramment ajoutés à certains aliments et notamment à certaines boissons sucrées, les édulcorants font encore l’objet d’interrogations quant à leurs effets sur nos comportements alimentaires. Une équipe de recherche de Lausanne s’est penchée sur la question afin de préciser ces effets à travers une étude randomisée contrôlée en cross-over chez 18 hommes adultes d’indice de masse corporelle (IMC) normal, consommateurs habituels et modérés de boissons sucrées (équivalent ≥ 3 canettes de 33 cl par semaine), mais faibles consommateurs de boissons édulcorées (≤ 1 canette/semaine). Afin d’être comparées, les activations de différentes zones cérébrales ont été mesurées grâce à un encéphalogramme après la consommation de trois types de boissons : l’une contenant des édulcorants (aspartame et acésulfame K), une autre du saccharose (sucre), et la troisième de l’eau (volume de 350 ml consommé dans les trois cas pendant un repas matinal). La prise alimentaire lors d’un buffet à volonté proposé environ quatre heures après la consommation de la boisson test était également enregistrée.

Boisson édulcorée : aucun effet sur la prise alimentaire

Premier effet notable du type de boisson consommée : une modulation de l’énergie ingérée lors du buffet. En effet, les participants consommaient moins de calories à l’occasion de ce repas après avoir bu la boisson sucrée, par rapport à l’eau ou la boisson édulcorée ; tandis qu’aucune différence n’était observée suite à la consommation de la boisson édulcorée par rapport à l’eau. À l’origine de cette réduction calorique après consommation de la boisson sucrée : l’ingestion de quantités moins importantes, les types d’aliments consommés ne changeant pas. Les hormones régulant la prise alimentaire et le métabolisme énergétique étaient modifiées en accord, avec des niveaux de ghréline (« hormone de la faim ») moins élevés et des niveaux d’insuline (régulation de la glycémie) plus élevés suite à la consommation de la boisson sucrée.

Modification de l’activité de plusieurs zones cérébrales

Etape suivante pour les chercheurs : déterminer si les variations de la prise alimentaire observées en fonction du type de boisson consommée étaient précédées par des modifications de l’activité cérébrale. Pour cela, ils ont présenté des photos d’aliments aux participants 45 minutes après la consommation de la boisson et environ deux heures avant le buffet ; et la réponse est affirmative. La consommation de la boisson sucrée (qui diminuait la prise alimentaire au buffet) activait des zones impliquées dans la catégorisation des aliments (régions temporales) et inhibait l’activation de zones associées au contrôle cognitif (cortex préfrontal dorsal) observée suite à la consommation d’eau.  Enfin, contrairement à l’eau et à la boisson sucrée, la consommation de la boisson édulcorée (sans effet sur la prise alimentaire au buffet) ne modifiait pas l’activité des zones de l’intéroception, c’est-à-dire des perceptions physiologiques intérieures (région de insula) mais stimulait une zone associée à l’inhibition des circuits de récompense (région préfrontale ventro-latérale).

 

Zones du cerveau dont l’activation diffère en fonction de la boisson consommée (figure 3B)

 

Quel effet à long terme des édulcorants ?

Pour les auteurs, cette dernière réponse cérébrale, observée suite à la consommation de la boisson édulcorée mais sans effet sur la prise alimentaire au repas suivant, pourrait refléter une première étape d’adaptation cérébrale à la spécificité des édulcorants, qui créent un stimulus sensoriel sucré en l’absence d’apport calorique (on parle de « découplage »). Et se traduire éventuellement à long terme, en cas de consommation habituelle d’édulcorants, par une modulation de la prise alimentaire.

À retenir :

  • Par rapport à de l’eau, la consommation d’une boisson sucrée en milieu de matinée conduit à une diminution de la prise alimentaire lors du déjeuner, alors que la consommation d’une boisson édulcorée ne modifie pas la prise alimentaire.
  • Les consommations de boissons sucrée et édulcorée induisent des modifications de l’activité de régions cérébrales spécifiques, dont la zone associée à l’inhibition des circuits de récompense pour la boisson édulcorée.
  • Les auteurs n’excluent pas que les modifications de l’activité cérébrale observées suite à la consommation de la boisson édulcorée puissent se traduire, en cas de consommation habituelle à long terme, par un effet sur la prise alimentaire.

Source : The Impact of Caloric and Non-Caloric Sweeteners on Food Intake and Brain Responses to Food: A Randomized Crossover Controlled Trial in Healthy Humans. Crézé C, Candal L, Cros J, Knebel JF, Seyssel K, Stefanoni N, Schneiter P, Murray MM, Tappy L, Toepel U. Nutrients. 2018 May 15;10(5). pii: E615. doi: 10.3390/nu10050615.


Documents supports :
Brèves Nutrition n°72 - Mai 2018