Face à l’augmentation du surpoids et de l’obésité chez les enfants et les adolescents, les gouvernements incitent les enseignants à engager des actions d’éducation en nutrition auprès de leurs élèves. Mais sont-ils aussi efficaces que des professionnels de la nutrition ?

 

Des experts en nutrition versus des enseignants formés sur 3 jours

Des chercheurs ont analysé les effets d’interventions d’éducation nutritionnelle d’une durée d’un an, réalisées dans 15 écoles libanaises entre 2010 et 2013 auprès d’enfants de 9 à 11 ans, selon qu’elles étaient réalisées par des enseignants formés et disposant d’un kit pédagogique ou des nutritionnistes. Le questionnaire d’évaluation étudiait 3 aspects : les habitudes alimentaires des enfants (données déclaratives), leurs connaissances en nutrition et leur sentiment d’auto-efficacité (ex : « À quel point es-tu sûr de pouvoir manger davantage de légumes chaque jour ? »). Les résultats étaient aussi comparés à ceux de 15 écoles sans intervention.

 

Encourager l’équilibre alimentaire et l’activité physique

Les interventions consistaient à recommander la consommation de fruits et légumes, de goûters et boissons avec un meilleur profil nutritionnel, d’un petit-déjeuner quotidien, la pratique d’une activité physique d’intensité modérée et la réduction des comportements sédentaires. Elles étaient déclinées en trois modules complémentaires.

Le premier module (12 sessions ludiques) était destiné à améliorer les connaissances en nutrition des élèves et leur sentiment d’auto-efficacité. Le deuxième module impliquait la famille de l’élève, invitée à des réunions et à laquelle étaient distribués des recettes, des informations et des échantillons de produits. Le troisième module visait à améliorer l’offre alimentaire proposée dans les écoles et celle fournie par les parents (« lunch box »).

L’efficacité des interventions était déterminée par l’analyse des comportements alimentaires et de l’activité physique des élèves et par l’évaluation de leurs connaissances en nutrition et de leur sentiment d’auto-efficacité.

 

Des enseignants plutôt efficaces

Les connaissances et le sentiment d’auto-efficacité des élèves étaient significativement améliorés dans toutes les écoles où une action d’éducation était entreprise. En comparant l’efficacité des enseignants et des nutritionnistes, les résultats (note globale) étaient meilleurs lorsqu’elle était dispensée par les experts en nutrition. En analysant les différents critères d’évaluation, ils étaient les seuls à réussir à inciter les jeunes à consommer davantage de fruits et légumes.

Cependant, ils échouaient à motiver les élèves à consommer quotidiennement un petit-déjeuner alors que les enseignants, très sensibilisés sur ce sujet, y parvenaient. De même, les enseignants étaient plus efficaces que les experts pour encourager les élèves à réduire leur consommation de chips. Quant à l’activité physique, aucun des intervenants ne parvenait à motiver les jeunes, probablement en raison d’une surcharge de devoirs, d’absence de personnel encadrant ou d’infrastructures disponibles.

 

Cette étude souligne l’intérêt de mettre en place une éducation nutritionnelle auprès des enfants dans les écoles soit par un nutritionniste, soit par un enseignant ayant reçu une formation, et avec un soutien financier pour mener les ateliers (ex. dégustation de fruits) et adapter l’environnement scolaire aux recommandations.

 

À retenir :

  • Les actions d’éducation nutritionnelle dans les écoles sont efficaces pour améliorer les connaissances et les comportements alimentaires des élèves ;
  • Bien formés en amont par des nutritionnistes, les enseignants obtiennent également des résultats positifs et peuvent même être plus influents sur certains aspects ;
  • Une formation plus poussée des enseignants et l’attribution de moyens pour organiser des ateliers pratiques pourraient encore accroître leur impact auprès des élèves.

 

Source :  Impact of a one-year school-based teacher-implemented nutrition and physical activity intervention: main findings and future recommendations. Habib-Mourad C, Ghandour LA, Maliha C, Awada N, Dagher M, Hwalla N, BMC Public Health. (2020) 20:256.

NB : Financement de l’étude par Nestlé

Auteur : Habib-Mourad C

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Brèves Nutrition mars