Du sucre pour lutter contre les ravageurs au verger et au potager
 
Le 29 mars 2010
 
Des pulvérisations de sucre pourraient permettre de réduire l’utilisation des pesticides, notamment dans les cultures de fruits et de légumes, en limitant les dégâts causés par certains ravageurs comme le carpocapse. C’est ce que montrent les travaux de Sylvie Derridj, chercheur à l’INRA de Versailles.
Sylvie Derridj, chercheur à l’INRA de Versailles, a mis en évidence l’effet inattendu de pulvérisations de sucre sur des plants de légumes, de céréales et des arbres fruitiers. Saccharose et fructose vaporisés sur les feuilles, sous forme de solution extrêmement diluée (de l’ordre de 1 à 10g de sucre pour 100 litres d’eau), ont la propriété de limiter les dégâts causés par certains ravageurs, comme la pyrale du maïs, le carpocapse des arbres fruitiers, le nématode de la tomate ou encore un champignon pathogène, le botrytis du haricot et de de la tomate.
 
Après 4 ans d’essais réalisés dans des vergers et des jardins, Sylvie Derridj a pu mesurer l’action des sucres sur ces ravageurs. Par exemple, les dégâts causés par le carpocapse du pommier peuvent être réduits de 40%. Le sucre n’agit pas comme un pesticide, mais plutôt comme un inducteur de résistance systémique chez la plante qui, comme sous l’effet d’un signal d’alarme, modifie son métabolisme.
 
Un mécanisme d’action encore mystérieux
Les mécanismes d’action de ces solutions de sucre sont encore mal connus. Il semblerait que le fructose et le saccharose traversent la cuticule des feuilles et agissent sur des gènes qui régulent la distribution des métabolites dans la plante, ainsi que la photosynthèse. La plante se comporte alors comme si elle émettait des signaux à destination des ravageurs, qui modifient leur comportement, par exemple en réduisant les pontes d’oeufs, ou en limitant la mobilité des larves.
 
Ces sucres peuvent être utilisés seuls ou en complément de pesticides, dont ils optimisent l’action, en diminuant les doses nécessaires.
 
L’effet sur la plante est très rapide : la « résistance » apparaît quelques minutes à quelques heures après la pulvérisation. Ces travaux, présentés en décembre 2009 aux Journées Techniques Nationales consacrées aux fruits et légumes bio, pourraient ouvrir de nouvelles perspectives à la culture biologique et aux méthodes alternatives aux pesticides.