Au-delà du contenu de son assiette et de l’équilibre alimentaire, comment transmettre à son enfant de bonnes habitudes alimentaires propices au maintien d’un poids corporel normal ? L’American Heart Association s’est entourée de spécialistes internationaux de la régulation du comportement alimentaire de l’enfant pour établir sa position à partir d’une riche revue de la littérature sur la question. Cette revue fait le point sur les différents facteurs qui influencent la prise alimentaire dès le plus jeune âge (voire même in utéro) et notamment sur l’influence de l’attitude éducative des parents (et autres adultes impliqués dans l’alimentation de l’enfant) sur le comportement alimentaire des enfants. La revue explore les facteurs aussi bien environnementaux tout au long de la croissance que les particularités propres à l’enfant, comme son tempérament et les interactions entre ces deux variables.

Reconnaître et respecter les signaux de l’enfant

D’après les experts, afin de prévenir le développement d’un surpoids ou d’une obésité, il est un apprentissage crucial que les parents devraient veiller à transmettre à leur enfant : une bonne capacité d’auto-régulation alimentaire, qui consiste à commencer et mettre fin à une prise alimentaire sur la base des signaux de faim et de satiété ressentis. Le respect de ces signaux chez l’enfant serait ainsi primordial et les parents devraient apprendre à les reconnaître dès le plus jeune âge. Par exemple, les jeunes parents, qui mésinterprètent parfois les pleurs de leur nourrisson, devraient être attentifs aux signes de l’enfant repu (chez le nouveau-né, signes de distraction ou de sommeil) par rapport à un enfant qui a faim  (par exemple la bouche grande ouverte du nouveau-né). Dans la petite enfance ensuite, alors qu’apparaissent les phases de néophobie ou de rejet de certains aliments, les experts mettent l’accent sur l’importance d’adopter un style éducatif réceptif aux signaux émis par l’enfant (verbaux ou non, selon les âges) tout en créant un cadre alimentaire propice aux comportements souhaités. En d’autres termes, d’adopter un style éducatif démocratique (voir encadré).

 

Éducation alimentaire : quatre styles parentaux.

Les experts du comportement alimentaire décrivent quatre styles parentaux d’éducation alimentaire : autoritaire, démocratique, négligent ou permissif. Dans la présente publication, ils sont représentés dans un tableau croisant deux dimensions : la sensibilité des parents aux signaux de l’enfant (faible ou élevée) et le degré d’exigence/d’autorité des parents (faible ou élevé).

Le style démocratique, qui laisse s’exprimer les signaux de l’enfant dans un cadre posant des limites reposant sur l’environnement alimentaire plus que sur des règles édictées, serait le plus favorable à l’acquisition de bonnes habitudes alimentaires par l’enfant.

 

Cadre tacite versus règles édictées

Tenter d’imposer des règles édictées à son enfant, par exemple en le restreignant sur certains aliments (jugés défavorables à la santé ou favorisant la prise de poids) ou au contraire en l’obligeant à consommer des aliments jugés sains, serait contre-productif. Les approches plus tacites optimisant l’environnement alimentaire de l’enfant et favorisant son autonomie seraient plus efficaces, notamment en jouant sur les leviers suivants :  la disponibilité accrue des aliments à favoriser (et la moindre disponibilité à la maison des aliments à limiter) ; la proposition répétée d’aliments initialement rejetés ; la possibilité de les associer à des sauces appréciées des enfants (ex : ketchup) ; et enfin la consommation enthousiaste de ces aliments par les parents eux-mêmes (rôle de modèle).

Dans tous les cas, les chercheurs insistent sur la nécessité pour les parents de ne pas forcer leur enfant à manger plus qu’il ne le veut. Ainsi, il est souhaitable de laisser l’opportunité à l’enfant de s’arrêter quand il le souhaite au cours du repas en fonction de son rassasiement, voire de ne pas manger du tout s’il dit qu’il n’a pas faim.

 

Des études encore nécessaires pour étayer le socle théorique

Enfin, si les experts de l’AHA soulignent l’assise théorique forte en faveur des bénéfices d’un style éducatif de type « démocratique », ils relèvent néanmoins le manque de données robustes en apportant la preuve définitive, la plupart des études à l’appui se révélant de nature observationnelle (et non interventionnelle). Les experts n’excluent pas qu’elles puissent conduire à des mésinterprétations, en particulier du fait de la bidirectionnalité des associations observées entre l’attitude des parents et le comportement des enfants, l’un pouvant influencer l’autre, et vice versa.

 

À retenir :

  • D’après l’American Heart Association, l’auto-régulation alimentaire, qui consiste à initier et stopper ses prises alimentaires en écoutant ses signaux de faim et de satiété, joue un rôle clé dans la prévention de l’obésité infantile.
  • Le développement de l’auto-régulation alimentaire est favorisé par un style éducatif de type « démocratique », qui permet un cadre alimentaire posant des limites tacites mais qui est aussi réceptif aux signaux de faim et de rassasiement de l’enfant.
  • L’interaction entre le style éducatif et le tempérament propre de l’enfant est encore en étude.

 

Source : Caregiver Influences on Eating Behaviors in Young Children: A Scientific Statement From the American Heart Association. Wood AC, Blissett JM, Brunstrom JM, et al. J Am Heart Assoc. 2020;9(10):e014520.

Auteur : Wood AC

Documents supports :
Brèves Nutrition juin 2020