Le but de cette étude (française) est d’évaluer sur un échantillon de sujets la relation entre le poids et la restriction cognitive (RC) définie comme « une intention » de contrôler sa prise alimentaire pour maintenir ou perdre du poids.  Dans la littérature il existe une controverse sur l’effet de la RC sur le poids et le comportement des individus.  Pour certains les personnes restreintes développeraient une altération de la perception interne des signaux de faim et de satiété, des comportements de désinhibition alimentaire, une dysrégulation émotionnelle ainsi qu’une diminution de l’estime de soi et une insatisfaction corporelle. D’autres auteurs et études appuient – et donc favorisent – la restriction alimentaire comme traitement du surpoids et de l’obésité.

 

Comment mesurer la restriction cognitive ? 

L’outil le plus couramment utilisé pour mesurer la restriction cognitive repose sur un score composite déduit du Three Factor Eating Questionnaire[1] (TFEQ). Dans ce questionnaire la restriction cognitive est évaluée par des questions qui mesurent plus le contrôle alimentaire effectif que l’intentionnalité de perdre du poids.

Le but de cette étude est d’évaluer les effets de la RC comme définie plus haut afin de répondre à 2 sous questions importantes : la RC est-elle plus fréquente chez les sujets obèses et en surpoids par rapport aux sujets de poids normal voire en sous-poids ? Existe -t-il des sujets obèses non restreints ?

Pour explorer ces questions, les chercheurs ont demandé à des participants français de répondre à un questionnaire en ligne sur une plateforme internet. La question posée était unique :« Dans quelle mesure essayez-vous de contrôler votre régime alimentaire afin de maintenir ou de réduire votre poids ? » et devait être cotée par échelle analogue visuelle de 0 à 10 (0 pour pas du tout et jamais jusqu’à 10 beaucoup et constamment) . Cette différence de méthodologie par rapport au TFEQ n’a rien d’anodin : la question retenue par les auteurs met en effet l’accent sur l’intention de se restreindre alors que le TFEQ mesure le contrôle effectif du comportement, c’est-à-dire le fait d’y parvenir. Ce questionnaire a été couplé à d’autres questionnaires (test de personnalité, niveau d’activité physique, test d’évaluation des évènements traumatiques de la vie).

Parmi les 507 personnes ayant complété l’étude (80 % de femmes), 6 % étaient en sous-poids (indice de masse corporelle < 18,5 kg/m²), 54 % de poids normal (18,5 < IMC < 25), 25 % en surpoids (25 ≤ IMC < 30), and 15 % obèses (IMC ≥ 30).

 

La restriction cognitive augmente avec l’IMC

Les résultats montrent que la restriction cognitive telle qu’évaluée par ce questionnaire et dans cet échantillon augmente avec l’IMC (voir figure). Malgré les limites de l’étude (simple observation, taille de l’échantillon), il semblerait donc que les individus en surpoids et obèses tentent davantage de restreindre leur prise alimentaire que les autres. On note que dans les faits, ils n’y parviennent pas.

 

Figure : Score de restriction cognitive en fonction de l’indice de masse corporelle (1=sous-poids ; 2 = IMC normal ; 3 = surpoids ; 4 = obésité) (n=507)

 

L’alimentation intuitive est-elle une alternative  ?

La RC semblant inefficace, voire contre-productive, pour réguler le poids, des auteurs envisagent d’autres pistes pour aider les personnes obèses. L’alimentation en pleine conscience et l’alimentation intuitive, sont proposées comme alternative aux régimes restrictifs et aux injonctions nutritionnelles. L’alimentation intuitive consiste à manger selon ses signaux de faim et de satiété et non en fonction des signaux externes et l’état émotionnel. Le mangeur intuitif peut aussi manger ce qu’il veut même sans faim car de façon « naturelle » ses apports seront en quelque sorte régulé aux repas suivants.

Les auteurs mentionnent que cette technique est parfois difficile à mettre en place car les mangeurs restreints semblent développer des altérations des perceptions des signaux de faim et de satiété. Il est alors nécessaire de (ré)-apprendre à manger en réponse à des signaux physiologiques plutôt que sous l’effet de règles cognitives que l’on s’impose peut prendre du temps.

 

À retenir :

  • Il existe une absence de consensus dans la littérature sur les relations entre le poids et la restriction cognitive
  • Qu’il s’agisse de la simple volonté de se restreindre et/ou de la maîtrise effective de son comportement alimentaire, une définition harmonisée de ce concept de restriction cognitive fait défaut.
  • D’après une étude menée auprès de 500 Français en population générale, avec un test qui explore la RC en prenant compte l’intentionnalité à contrôler leur poids par l’alimentation, les personnes en surpoids et obèses tentent davantage de restreindre leur prise alimentaire que les autres.
  • Cette étude questionne le bien-fondé des prises en charge de l’obésité encourageant à développer le contrôle de soi.

 

Source : Relation between cognitive restraint and weight: Does a content validity problem lead to a wrong axis of care? Sabrina Julien Sweerts, Damien Fouques, Baptiste Lignier, Gérard Apfeldorfer, Katherine Kureta‐Vanoli, Lucia Romo. Clinical Obesity. 2019;9:e12330.

[1] Questionnaire classique en matière d’étude du comportement alimentaire, qui mesure à la fois la restriction cognitive, la désinhibition, c’est-à-dire la vulnérabilité à la perte de contrôle de son comportement alimentaire, et la perception des sensations de faim.(Karlsson J et al. Int J Obes Relat Metab Disord 2000)

Auteur : Julien Sweerts S