La consommation d’aliments ultra-transformés (AUT) a-t-elle un impact sur le risque de mortalité globale ? Oui, selon une étude française, menée sur un échantillon d’environ 45 000 personnes, sélectionnées au sein de la cohorte NutriNet-Santé, et qui a réussi à chiffrer cette relation.

Des aliments qui ont la cote mais qui inquiètent

Par définition selon la classification NOVA, les AUT contiennent de multiples ingrédients et additifs, et présentent globalement une faible qualité nutritionnelle (teneurs élevées en gras, sucres, sel). Pourtant, la consommation de ces aliments rapides à préparer, souvent bon marché et faciles à stocker a augmenté ces dernières années.

Différentes études ont montré que la consommation d’AUT était associée à un risque accru de dyslipidémie, d’obésité, d’hypertension et de cancer. Cette nouvelle étude porte sur l’évaluation du risque de mortalité globale associée à la consommation d’AUT au sein de la cohorte Nutrinet en France.

Des participants choisis au sein de la cohorte NutriNet-Santé

La cohorte NutriNet-Santé a inclus 158 000 adultes volontaires entre 2009 et 2017. Pendant la durée du suivi, les participants devaient remplir en ligne des questionnaires alimentaires (détail des aliments et boissons consommés pendant 3 jours tirés au sort sur une année), et des questionnaires portant sur leur poids, taille, santé, niveaux socio-économiques et modes de vie.

Dans l’étude rapportée ici, les chercheurs ont sélectionné au sein de cette cohorte les personnes âgées de plus de 45 ans ayant effectué au moins trois déclarations au cours des deux premières années de suivi ; soit au total près de 45 000 personnes.

La consommation d’AUT varie selon les profils sociaux et les modes de vie

Au sein de cet échantillon, les AUT représentaient en moyenne 14,4 % de l’alimentation des sujets (poids des AUT par rapport au poids total des aliments et boissons consommés), avec des variations en fonction de différents facteurs.

En moyenne, la consommation d’AUT variait en fonction du genre (14,9 % chez les hommes versus 14,3 % chez les femmes) et diminuait lorsque le niveau d’études ou les revenus du foyer augmentaient (corrélations négatives). Ainsi, la proportion d’AUT dans le régime alimentaire s’élevait à 15,5 % chez les personnes non diplômées contre 13,8 % chez celles ayant fait plus de 3 ans d’études supérieures, et à 15, 6 % dans les ménages vivant avec moins de 1 200 euros par mois contre 13,9 % dans les foyers les plus aisés. Un indice de masse corporelle élevé, la sédentarité ou le fait de vivre seul (célibataires, veufs…) étaient également associés à des consommations plus importantes d’AUT.

Quelle influence sur la mortalité et la santé en général ?

Au total, 602 décès ont été enregistrés durant le suivi. Les chercheurs ont établi qu’une augmentation de 10 % de la proportion d’AUT dans le régime global était associée avec un risque de mortalité accru de 14 %. Les auteurs soulignent que cette association n’est pas un lien de causalité et devra être confirmée par d’autres études prospectives, qui devront également rechercher les mécanismes par lesquels un niveau de consommation élevé d’AUT affecterait la santé.

Au-delà de la qualité nutritionnelle globalement inférieure associée à une alimentation riche en AUT, les auteurs mentionnent parmi les hypothèses la présence de contaminants néoformés, tels que l’acrylamide, classé comme carcinogène probable par l’Efsa (Agence européenne de sûreté des aliments). De même, des additifs tels que le dioxyde de titane, seraient associés à un risque accru d’inflammation chronique de l’intestin et de carcinogénèse. Tandis que certains émulsifiants et édulcorants pourraient altérer la composition du microbiote intestinal, favorisant la survenue de maladies métaboliques (diabète de type 2, obésité). Enfin, certains produits chimiques présents dans les emballages, comme le bisphénol A, pourraient agir comme perturbateurs endocriniens.

 

Points à retenir :

  • La consommation d’aliments ultra-transformés (AUT) varie selon le genre, le niveau d’études, les revenus, l’indice de masse corporelle, le niveau d’activité physique et le fait de vivre seul.
  • Les consommations élevées d’AUT sont associées à un risque accru de développer des maladies métaboliques et certains types de cancers.
  • Dans cette cohorte qui a un recrutement particulier, une augmentation de 10 % de la consommation d’AUT augmenterait le risque de mortalité de 14 %.

 

Source : Schnabel L, Kesse-Guyot E, Allès B, et al. Association Between Ultraprocessed Food Consumption and Risk of Mortality Among Middle-aged Adults in France. JAMA Intern Med. Published online February 11, 2019 ; doi:10.1001/jamainternmed.2018.7289.

 

Auteur : Schnabel L

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Brèves Nutrition n°75