Caries et apports en sucres : revue de la littérature pour informer l’OMS

 

Pour actualiser en 2015 ses recommandations sur les apports en sucres libres*, l’OMS avait demandé une revue systématique de la littérature. L’objectif était de rassembler les preuves scientifiques sur la relation entre la restriction d’apports en sucres et les caries dentaires.

 

Une relation positive entre sucres et caries malgré une grande hétérogénéité des données

Il existe une grande hétérogénéité dans les données caractérisant la relation sucres et caries : année de réalisation de l’étude, âge de la population, indicateurs mesurés, exposition au fluor… ainsi que dans le type de sucres pris en compte (sucres totaux, sucres libres).

La recherche a consisté à sélectionner les articles publiés entre 1950 et 2011 : 65 articles ont été identifiés relatant les résultats de 55 études dont 8 cohortes. Les 5 études menées chez l’adulte et 42 études sur les 50 menées chez l’enfant indiquent une relation positive entre les apports en sucres et les caries. Le niveau de preuves scientifiques été évalué par le système GRADE (Grading of Recommendations Assessment Development and Evaluation) prenant par exemple en compte le design de l’étude la précisions et l’homogénéité des résultats et l’existence de biais. L’effet de l’augmentation ou la diminution des apports en sucres sur les caries a été jugé de qualité « modérée » chez les adultes et les enfants.

 

Seuil de 10 % de l’AET : un niveau de preuves modéré

Parmi les 8 cohortes, toutes menées chez l’enfant, 6 permettaient d’étudier les sucres libres et 5 le seuil de 10 % de l’apport énergétique total (AET). Ces 5 études ont montré une prévalence de la carie plus importante quand la consommation de sucres libres était supérieure à 10 % de l’AET. Le niveau de preuves scientifiques selon le système GRADE a été jugé « modéré ».

 

Seuil de 5 % de l’AET : un niveau de preuves très faible

Trois enquêtes nationales ont été identifiées pour étudier le seuil d’apports en sucres libres à 5 % de l’AET. Menées sur des enfants au Japon, ces études se sont intéressées à la prévalence des caries quand la disponibilité du sucre est passée de 15 kg/personne/an avant la seconde guerre mondiale à moins de 10 kg/pers/an en 1946, correspondant environ au seuil de 5% de l’AET. La prévalence de la carie a diminué quand la disponibilité de sucre a diminué. Du fait de données de consommation basées sur la disponibilité alimentaire et d’une faible exposition au fluor de la population, la qualité de ces preuves a été jugée très faible selon le système GRADE.

 

 

Pour établir ses nouvelles recommandations d’apports en sucres visant la prévention du surpoids et des caries en 2015, l’OMS s’est appuyée sur une revue des effets des sucres libres sur le poids corporel et a validé pour la population générale un seuil chiffré de 10% des apports énergétiques déterminé à partir de cette revue des effets des sucres sur la carie.

 

*Les sucres libres sont définis par l’OMS comme les mono et disaccharides ajoutés aux aliments ainsi que des sucres naturellement présents dans le miel, les sirops, les jus de fruits.

 

À retenir :

  • La qualité des données sur l’association entre apports de sucres et caries a été jugée a comme « modérée ».
  • La recommandation forte de l’OMS est de limiter les apports en sucres libres à moins de 10 % de l’AET.
  • A cela s’ajoute une recommandation « conditionnelle » suggérant de baisser les apports en sucres libres en dessous de 5 % de l’AET.

 

Effect on Caries of Restricting Sugars Intake: Systematic Review to Inform WHO Guidelines. Moynihan PJ, Kelly SA.  J Dent Res. 2014 Jan;93(1):8-18

 

Auteur : Kelly SAM

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 77