Et si les effets métaboliques délétères suspectés des édulcorants de synthèse ne venaient pas de ces molécules en tant que telles, mais de ce que nous consommons avec ? C’est la conclusion suggérée par une étude menée à l’Université de Yale qui a testé l’hypothèse la plus souvent avancée pour expliquer comment agiraient les édulcorants : le fait d’apporter une saveur sucrée sans énergie (on parle de découplage entre la saveur et la valeur énergétique) perturberait le métabolisme glucidique.

 

Trois boissons pour tester la saveur sucrée avec ou sans calories 

Les chercheurs ont demandé à 45 adultes en bonne santé (consommateurs occasionnels de boissons édulcorées), répartis aléatoirement en trois groupes, de consommer l’une des trois boissons suivantes[1] : 1) une boisson contenant un édulcorant, le sucralose (saveur sucrée découplée des calories) ; 2) une boisson contenant du saccharose (= du sucre) (saveur sucrée couplée aux calories) ; 3) une boisson contenant du sucralose et des maltodextrines (saveur sucrée apportée par l’édulcorant, couplée à des calories provenant des maltodextrines, glucides n’apportant pas de saveur sucrée).

 

Le combo sucralose + maltodextrines diminue la sensibilité à l’insuline

Les chercheurs ont alors observé une baisse de l’insulinosensibilité  (et par extension une augmentation probable de l’insulinorésistance) chez les sujets du groupe 3 recevant le combo sucralose + maltodextrines. Or, les maltodextrines, ajoutées seules à une boisson dans une expérience complémentaire, ne produisent pas de tels effets. Toujours dans le groupe 3, la diminution de la sensibilité à l’insuline était associée à une diminution des réponses cérébrales à la saveur sucrée alors que les réponses cérébrales aux autres saveurs (salée, umami, acide) étaient maintenues. Aucune association de la sorte n’était observée dans les deux autres groupes (sucralose seul ou sucre seul). La perception et l’attirance pour la saveur sucrée, quant à elles, n’étaient pas modifiées, quelle que soit la boisson consommée.

 

Un retournement d’hypothèse inattendu

Ainsi, contrairement à l’hypothèse initiale des chercheurs, ce n’est pas le fait de consommer une boisson édulcorée (saveur sucrée sans calorie) qui perturbe le métabolisme énergétique, mais celui de consommer de façon répétée une boisson édulcorée (ici par du sucralose) en même temps que des glucides (ici des maltodextrines). Parmi les mécanismes évoqués, le sucralose et le glucose issu de la digestion des maltodextrines pourraient agir de concert sur les récepteurs intestinaux régulant l’absorption de glucose, conduisant à une augmentation de celle-ci, à même de créer une dérégulation du métabolisme glucidique.

Les auteurs notent néanmoins que ces résultats ne permettent pas de préjuger des effets des autres édulcorants (aspartame, acésulfame K…), qui pourront être comparés à ceux du sucralose dans de futures études.

 

Des conséquences sur nos pratiques alimentaires ?

Ces conclusions pourraient réconcilier les données jusqu’ici discordantes de la littérature, en expliquant pourquoi la consommation d’édulcorants n’est pas systématiquement associée à des effets délétères, ces derniers n’étant présents qu’en cas de co-ingestion de glucides.

Surtout, ces données interpellent sur les modes de consommation actuels des édulcorants et leurs conséquences sur la santé. La consommation simultanée de sucralose (édulcorant le plus consommé au monde) et de glucides, telle que simulée dans la présente étude, se produit en réalité de façon courante, par exemple lors de la consommation d’un soda light au cours d’une prise alimentaire. Ainsi, si le rôle néfaste de l’association édulcorant-glucides venait à être confirmé,  il serait alors opportun de réserver les boissons édulcorées à des moments de consommation hors repas et d’éviter d’ajouter des édulcorants à des aliments contenant des glucides.

 

À retenir :

  • La consommation concomitante de sucralose (principal édulcorant consommé au monde) et de glucides dans une boisson déclenche une insulinorésistance chez des sujets en bonne santé.
  • Cet effet est associé à une diminution des réponses cérébrales à la saveur sucrée.
  • Les consommations de boisson édulcorée sans glucides ou de boisson sucrée sans édulcorant sont quant à elles sans effet.

 

Graphical Abstract

 

[1] Chaque sujet consommait 7 fois la boisson qui lui était attitrée au cours de 7 visites au laboratoire de recherche, réparties sur 2 semaines. A chaque session, il devait boire 355 ml de boisson (soit l’équivalent d’une canette de soda) en moins de 5 minutes.

Source : Short-Term Consumption of Sucralose with, but Not without, Carbohydrate Impairs Neural and Metabolic Sensitivity to Sugar in Humans. Dalenberg JR, Patel BP, Denis R, Veldhuizen MG, Nakamura Y, Vinke PC, Luquet S, Small DM. Cell Metab. 2020 Mar 3.

Auteur : Dalenberg JR

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brèves avril 2020