INTERVIEW – Cet ancien chef du service de médecine et nutrition de l’Hôtel-Dieu (Paris) explique les facteurs multiples liés à l’obésité…

Pourquoi sommes-nous trop gros? Comment endiguer l’épidémie de surpoids et d’obésité qui touche plusieurs pays occidentaux dont la France? Quatre spécialistes tenteront de répondre à cette question jeudi soir lors d’un débat en partenariat avec le CNRS (>> pour leur poser vos questions, cliquez ici, ils y répondront). Parmi eux, Bernard Guy-Grand, ancien chef du service de médecine et nutrition de l’Hôtel-Dieu (Paris) et Président du comité de rédaction des Cahiers de nutrition et de diététique. Il explique à 20minutes.fr les facteurs multiples liés à l’obésité.

Quels sont les principaux facteurs de l’épidémie d’obésité dans le monde occidental?
Aux Etats-Unis, elle a commencé dans les années 70, en France dans les années 80. Elle est liée à la modification de l’environnement socio-économique, avec la baisse globale d’activité physique, l’augmentation du confort de la vie moderne et des tas d’autres facteurs. C’est le prix à payer pour le progrès. L’alimentation n’est pas nécessairement au cœur du problème. Avec la sédentarisation, on constate une chose très simple: on rentre plus d’énergie dans le corps qu’il n’en dépense.
Ensuite, le terrain génétique va jouer un rôle.

Le surpoids ou l’obésité ont toujours un lien avec la génétique?
Oui. Un
environnement donné ne produit une obésité que sur un terrain génétique précis. Il peut s’agir d’un problème des mécanismes de la satiété, d’un défaut dans le métabolisme des graisses… ce qu’on observe depuis quelque temps, c’est qu’un facteur environnemental peut intervenir sur le génome et modifier son expression, favorisant ainsi la prise de poids. Une période critique de la vie, l’exposition à des pesticides ou  à des perturbateurs endocriniens. La nouveauté, c’est que ces facteurs environnementaux susceptibles de modifier le génome se sont multipliés ces dernières années.  

Comment lutter contre ce phénomène multi-factoriel?
Il faut surtout développer la prévention, en mettant en place des programmes d’activité physique dès le plus jeune âge, et en l’adaptant le plus possible aux groupes socio-économiques, voire même à l’individu. Car chaque histoire est différente. C’est pour cela que les régimes qui s’adressent à tout le monde échouent dans 80 à 95% des cas. A long terme, ils font regrossir et aggravent le problème.

Que peuvent faire les personnes en surpoids ou obèses?
Eviter de continuer à prendre des kilos. Et se fixer un objectif raisonnable de perdre 5 à 10% de leur poids, avec des méthodes alimentaires non coercitives, pour que ce soit efficace en termes de santé, plus qu’en termes de look. Il faut toujours évaluer les capacités réelles de la personne à perdre du poids, en fonction de son mode de vie notamment. Rappelons que l’objectif prioritaire de l’Organisation mondiale de la santé est le maintien du poids et pas la perte de poids.

Maigrir beaucoup et durablement est donc impossible pour ces personnes?
Cela dépend vraiment de chaque personne. Mais il ne faut pas se voiler la face. La seule action qui a des effets à long terme et importants est une opération de l’estomac. Pour le reste, la marge de manœuvre est relativement modérée, à moins de s’astreindre à un niveau de contraintes considérables. Il faut aussi apprendre à vivre avec son obésité, sans l’aggraver.

Propos recueillis par Catherine Fournier