Chrononutrition, paléorégime, alimentation hyperprotéinée… si la diversité des régimes à vocation santé a de quoi perturber le consommateur, la plupart d’entre eux s’accordent sur une recommandation : limiter voire éviter les aliments dits « ultra-transformés ». Pour la première fois, une étude de nature interventionnelle a évalué leur impact pondéral et métabolique.

 

Malgré des propositions équivalentes en termes d’énergie…

Des chercheurs américains du National Institute of Health ont ainsi réalisé une étude incluant 20 participants. Séparés en deux groupes, ces derniers recevaient un régime composé d’aliments non transformés (ANT) pendant deux semaines puis un régime composé essentiellement d’aliments ultra-transformés (AUT) pendant les deux semaines suivantes, ou inversement (l’ordre de présentation des régimes était randomisé). Le degré de transformation des aliments composant les régimes était déterminé à partir de la classification NOVA (voir encadré). Chaque jour, trois repas et des snacks étaient proposés à volonté. La composition des menus permettait de présenter aux sujets des repas équivalents en termes de valeur et de densité énergétiques, de macronutriments, de fibres et de sel.


Le système NOVA[1] classe les aliments non pas à partir de leur composition nutritionnelle mais sur leur degré de transformation industrielle. Il définit quatre groupes d’aliments : 1) les aliments pas ou peu transformés de type viande, fruits, etc. ; 2) les ingrédients culinaires transformés de type sucre, sel, huile, beurre, etc. ; 3) les aliments transformés (en partie par l’ajout des ingrédients culinaires du groupe 2), comme les légumes en conserve, le pain ou le fromage ; 4) les aliments ultra-transformés ayant subi des procédés de transformation industriels plus poussés (hydrogénation, extrusion, friture, etc.) et/ou ayant fait l’objet d’ajouts d’arômes ou d’additifs tels que colorants, émulsifiants, conservateurs ou édulcorants.


 

…un gain pondéral d’1 kg avec le régime ultra-transformé

En moyenne, les apports énergétiques des sujets au cours du régime AUT étaient supérieurs de 508 kcal/j par rapport au régime ANT. Cet excédent provenait d’une consommation accrue de lipides et de glucides (mais pas de protéines), au cours du petit-déjeuner et du déjeuner (sans différence pendant le dîner). À noter, la consommation de sucres ne différait pas entre les deux régimes. Ces différences d’apports énergétiques se répercutaient sur le poids des sujets : une prise de poids moyenne de 0,9 kg était observée suite au régime AUT, alors que les sujets consommant le régime ANT perdaient 0,9 kg en moyenne.

Les aliments du régime ANT étaient aussi appréciés que ceux du régime AUT, et jugés tout aussi familiers par les sujets, suggérant que ces paramètres n’étaient pas à l’origine des différences de consommation observées. Les sensations de faim et de satiété ne différaient pas non plus en fonction du régime. En revanche, le rythme d’ingestion (kcal/min) était significativement augmenté en cas de régime AUT.

 

Les bénéfices métaboliques du régime non transformé

Les différences d’alimentation se traduisaient au niveau de plusieurs marqueurs sanguins de l’appétit et du métabolisme, notamment au cours du régime ANT : le taux du peptide YY, une hormone réprimant l’appétit, augmentait tandis que le taux de ghréline (hormone de la faim) était réduit. Le cholestérol total et la protéine C réactive (marqueur inflammatoire) diminuaient également et la résistance à l’insuline était réduite. Compte tenu des changements métaboliques mineurs enregistrés suite au régime AUT, les auteurs notent que ce régime devait être proche de l’alimentation habituelle des participants.

In fine, les résultats suggèrent que l’augmentation de la prise calorique et le gain pondéral liés à la consommation d’aliments ultra-transformés impliqueraient des mécanismes indépendants de leurs caractéristiques nutritionnelles et organoleptiques, comme un rythme d’ingestion accru ou une altération de la signalisation entre intestin et cerveau. Les auteurs proposent que l’éviction de ces aliments pourrait permettre de lutter contre la surconsommation et le risque de surpoids associé.

Points à retenir :

  • Proposé à volonté pendant deux semaines, un régime composé essentiellement d’aliments ultra-transformés aboutit à une surconsommation calorique et une prise de poids moyenne d’1 kg.
  • L’effet du régime ultra-transformé semble indépendant des caractéristiques organoleptiques et nutritionnelles des aliments.
  • Un régime excluant les aliments ultra-transformés entraîne une perte de poids et des régulations hormonales et métaboliques favorables à la santé.
  • On peut noter quelques limites :
    • ces résultats sont obtenus chez des sujets vivant dans le Centre de recherches pendant la durée de l’étude, donc ne représentent pas des conditions de vie « normales » ;
    • l’intervention est sur une durée courte et sans « wash out» entre les deux régimes ;
    • les participants n’avaient pas de choix dans les menus proposés ;
    • L’alimentation était gratuite, ce qui ne permet pas de tenir compte des différences de coût des produits du commerce ;
    • La supplémentation en fibres dans le régime AUT s’est faite sous forme liquide.

 

[1] Monteiro et al. (2018). Public Health Nutr. 21, 5–17.

Source : Ultra Processed Diets Cause Excess Calorie Intake and Weight Gain : An Inpatient Randomized Controlled Trial of Ad Libitum Food Intake. Hall KD, Ayuketah A, Brychta R, Cai H, Cassimatis T, Chen KY, Chung ST, Costa E, Courville A, Darcey V, Fletcher LA, Forde CG, Gharib AM, Guo J, Howard R, Joseph PV, McGehee S, Ouwerkerk R, Raisinger K, Rozga I, Stagliano M, Walter M, Walter PJ, Yang S, Zhou M. Cell Metab. 2019 May 16.

 

Auteur : Hall KD

Documents supports :
Brèves Nutrition n°76