La consommation accrue d’aliments « ultra-transformés » est-elle associée à un risque accru de cancer ? C’est la question qui a été explorée par l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle de Bobigny, à partir d’une nouvelle analyse des données de la cohorte française Nutrinet.

 

Des aliments classés selon leur degré de transformation industrielle  

Avant toute chose, que faut-il précisément entendre par aliments ultra-transformés ? Pour définir ce groupe d’aliments, les chercheurs ont eu recours à la classification NOVA[1]. Ce système, développé par une équipe de chercheurs brésiliens, classe les aliments non pas à partir de leur composition nutritionnelle mais sur leur degré de transformation industrielle. Il retient ainsi quatre groupes :

1) les aliments bruts ou peu transformés de type viande, fruits, etc. ;

2) les ingrédients culinaires transformés de type sucre, sel, huile, beurre, etc. ;

3) les aliments transformés (essentiellement composés d’aliments bruts et d’ingrédients culinaires), comme les légumes en conserve, le pain ou le fromage ;

4) les aliments ultra-transformés ayant subi des procédés de transformation industriels plus poussés (hydrogénation, extrusion, friture, etc.) et/ou ayant fait l’objet d’ajout d’additifs tels que colorants, arômes, émulsifiants, ou édulcorants.

Les produits de panification et les plats préparés pré-emballés, les produits de snacking sucrés ou salés, les desserts industriels, les boissons sucrées et/ou édulcorées, les produits à base de viande reconstituée faisaient ainsi partie des aliments considérés comme ultra-transformés dans l’étude.

 

Un sur-risque de cancer associé aux aliments ultra-transformés

Après 5 ans de suivi (durée médiane) de plus de 100 000 personnes, les chercheurs ont constaté qu’une augmentation de 10 % de la proportion d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire était associée à des augmentations de l’ordre de 10 % des risques de développer un cancer (tous types confondus) et un cancer du sein (en particulier ceux survenant après la ménopause). Ces résultats étaient observés dans des modèles ajustés sur les facteurs de confusion classiques (sexe, tabagisme, niveau d’éducation, indice de masse corporelle, antécédents familiaux de cancers, etc.). Aucune association n’était observée pour le cancer de la prostate et le cancer colorectal.

 

Des analyses approfondies pour mieux comprendre ces observations

Pour explorer plus avant les relations observées, les chercheurs ont procédé à des analyses complémentaires. En s’intéressant de plus près aux sous-catégories d’aliments ultra-transformés, ils ont constaté que c’étaient spécifiquement les sauces et matières grasses, ainsi que les boissons et produits sucrés qui ressortaient comme associés au sur-risque de cancer. En outre, ils ont constaté que la relation entre consommation d’aliments ultra-transformés et risque de cancer était indépendante de la qualité nutritionnelle du régime (apports en lipides, sodium, glucides et régime de type occidental). Cela suggère l’implication d’autres composés que les nutriments : additifs, substances formées lors des procédés de production et de stockage industriels, matériaux au contact des aliments, etc. Prudence toutefois, concluent les auteurs, afin de ne pas sur-interpréter les résultats de cette étude d’observation, la première sur le sujet, qui ouvre la voie à des études complémentaires.

[1]  Monteiro et al., Public Health Nutrition, 2018.

 

À retenir :

  • Dans la cohorte française Nutrinet, on observe un risque accru de cancer et de cancer du sein quand la proportion d’aliments ultra-transformés dans le régime augmente.
  • Cette association est indépendante de la qualité nutritionnelle du régime alimentaire, ce qui suggère l’implication d’autres composés (additifs, substances générées par les process industriels ou provenant des emballages, etc.)
  • Ces résultats sont interprétés comme une piste d’investigation intéressante mais ne démontrent pas de relation de causalité.

 

Source : Consumption of ultra-processed foods and cancer risk: results from NutriNet-Santé prospective cohort. Fiolet T, Srour B, Sellem L,  Kesse-Guyot E, Allès B, Méjean C, Deschasaux M, Fassier P, Latino-Martel P, Beslay M, Hercberg S, Lavalette C, Monteiro C, Julia C, Touvier M.  BMJ 2018

Auteur : Fiolet T

Documents supports :
Brèves n°72 - Avril