Consommer trop de sucres ajoutés compromet-il l’apport en micronutriments par un effet de « dilution » ? Ou autrement dit, dans quelle mesure observe-t-on une diminution des apports en micronutriments lorsque la part des sucres ajoutés augmente dans le régime ? Alors que de telles analyses ont déjà été menées auprès d’adultes et d’enfants australiens (voir Brèves du Sucre n°71 et n°74), une nouvelle étude explore aujourd’hui ces relations chez la population adulte américaine.

 

Une consommation en sucres ajoutés légèrement supérieure aux recommandations américaines

Les données de 13 949 sujets de la cohorte NHANES ont été analysées pour deux groupes d’âge : les 19-50 ans (n = 7 424) et les plus de 51 ans (n = 6 525). Les sujets ont été répartis en déciles selon leur consommation de sucres ajoutés.

Premier constat : la consommation moyenne de sucres ajoutés de l’ensemble des participants représentait 11 % de l’apport énergétique total (AET) quotidien (de 3,8 % à 23,3 % selon les déciles considérés), ce qui se s’avère finalement proche des recommandations nutritionnelles américaines de 2015 (sucres ajoutés < 10 % de l’AET[1] ). La consommation moyenne se révélait légèrement plus élevée chez les 19-50 ans (11,8 %) que chez les plus de 51 ans (10,1 %).

 

Un effet de dilution uniquement pour les consommations extrêmes

L’étude mettait par ailleurs en relation le niveau de consommation de sucres ajoutés et le pourcentage de sujets présentant des apports en micronutriments en deçà des besoins nutritionnels moyens. Pour 12 des 17 micronutriments examinés, les courbes obtenues n’étaient pas linéaires mais suivaient une courbe en U (voir Figure). Elles révélaient plusieurs enseignements :

  • Des consommations en sucres ajoutés représentant moins de 18 % des calories ingérées ne conduisaient pas à des pourcentages préoccupants d’individus n’atteignant pas les besoins nutritionnels moyens ;
  • Au-delà de ce seuil de 18 % des calories, les consommations de sucres ajoutés pouvaient conduire à une proportion importante de sujets présentant des apports inadéquats en micronutriments, mais pour quelques micronutriments seulement. Chez les sujets jeunes, il s’agissait du magnésium et des vitamines A, C, D et E (Figure). Chez les plus de 51 ans, il s’agissait de la vitamine D. Ces données confirment ainsi celles des études antérieures rapportant un effet de dilution des micronutriments au-delà d’un seuil de consommation en sucres ajoutés/libres de 20 à 25 % des calories ;
  • Enfin, des proportions non négligeables de sujets de 19 à 50 ans (entre 40 et 90 % des sujets selon les micronutriments considérés) étaient à risque d’insuffisances d’apports en magnésium et en vitamines C, D et E alors même que leurs consommations en sucres ajoutés étaient faibles (< 6 % des calories). Des apports très faibles en sucres ajoutés ne garantissent donc pas d’avoir une alimentation de qualité et des apports adéquats en micronutriments.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure : Proportion d’adultes (19-50 ans) ayant des apports en micronutriments inférieurs aux besoins nutritionnels moyens pour les minéraux (A) et les vitamines (B), selon le décile de consommation de sucres ajoutés (en % de calories).

 

À retenir :

  • Les adultes de la cohorte américaine NHANES présentent des apports moyens en sucres ajoutés proches des recommandations (< 10 % de l’apport énergétique total) ;
  • Seules les consommations extrêmes en sucres ajoutés (> 18 % ou < 6 % des calories) sont associées à des apports insuffisants en micronutriments ; ceci concerne essentiellement le magnésium et les vitamines C, D et E, avec quelques variantes selon l’âge des sujets.

 

[1] NB : La recommandation américaine porte sur les sucres ajoutés alors que la recommandation de l’OMS porte sur les sucres libres (sucres ajoutés + jus de fruits).

 

Source :  Micronutrient Dilution and Added Sugars Intake in U.S. Adults: Examining This Association Using NHANES 2009-2014. Fulgoni VL, Gaine PC, Scott MO, Ricciuto L, DiFrancesco L. Nutrients. 2020 Apr 2;12(4):985.

Financement : Travaux de recherche financés par la Sugar Association, Inc. et deux auteurs sont employés de la Sugar Association, Inc.

 

Auteur : Fulgoni VL

Documents supports :
Brèves nutrition juin 2020